Dans une PME, la trésorerie se pilote presque toujours d'abord dans un tableur : un onglet par mois, les relevés bancaires copiés à la main le lundi, et un dirigeant qui sait, de mémoire, quels clients paient en retard. Ça marche jusqu'au jour où l'entreprise ouvre une troisième banque, crée une deuxième société ou recrute quelqu'un pour suivre les encaissements. À ce moment-là, la question n'est plus « faut-il un logiciel de trésorerie ? » mais « lequel, et pour quoi faire ? ».
Ce guide clôt notre série « Trésorerie ». Il ne refait pas les quatre face-à-face publiés depuis le 27 octobre : il donne la carte qui permet de savoir à quel étage de l'escalier se trouve votre entreprise, ce que coûtent réellement les offres dont le prix est public, et la méthode pour choisir sans se faire enfermer. Toutes les grilles ont été relues sur les sites des éditeurs le 2 novembre 2026 : aucune n'a changé depuis la semaine dernière.
La réponse en 30 secondes
Une société, une ou deux banques
Si votre comptabilité est déjà dans Pennylane, son module trésorerie suffit souvent : le prévisionnel est inclus dès l'offre Essentiel, à 24 € HT par mois pour un utilisateur, sans engagement. Sinon, Okimia (ex-Fygr) démarre à 69 € HT par mois en annuel, jusqu'à 2 M€ de chiffre d'affaires.
Plusieurs banques, plusieurs entités
C'est le terrain d'Agicap et de l'offre Entreprise d'Okimia : consolidation multi-sociétés, scénarios, rapprochement avec les factures. Prix sur devis chez les deux, et engagement de 12 mois minimum chez Agicap.
Un groupe qui paie dans plusieurs pays
Quand la trésorerie devient un métier avec une équipe dédiée, des paiements à sécuriser et des devises à couvrir, on entre dans le monde des TMS comme Kyriba, qui vend désormais un package pour les ETI, sur devis selon le nombre de banques.
Quatre étages, pas un logiciel
« Logiciel de trésorerie » désigne en réalité quatre familles d'outils, qui ne répondent pas à la même question. Les confondre conduit à deux erreurs symétriques : acheter un outil d'ETI pour une PME qui a besoin de voir son solde à 13 semaines, ou garder un tableur alors que l'entreprise doit consolider six comptes dans trois sociétés.
- Le tableur : souple, déjà payé, mais tout est saisi ou importé à la main. Il répond à « combien aurons-nous à la fin du mois ? » tant qu'une personne le tient à jour.
- Le module de l'outil comptable (Pennylane, par exemple) : les factures et les banques sont déjà dans l'outil, le prévisionnel se construit dessus. Il répond à « que va devenir notre trésorerie si nos clients paient à l'échéance ? ».
- L'outil de trésorerie dédié (Agicap, Okimia) : plusieurs banques, plusieurs sociétés, des scénarios. Il répond à « que se passe-t-il si nous recrutons trois personnes ou si notre plus gros client paie avec 60 jours de retard ? ».
- Le TMS (Kyriba) : connectivité bancaire de groupe, paiements, contrôles, risque de change. Il répond à « comment sécuriser et centraliser tous les flux d'un groupe ? ».
Les quatre comparatifs détaillés : Agicap vs Excel pour quitter le tableur, Pennylane vs Agicap pour savoir si le module comptable suffit, Agicap vs Okimia (ex-Fygr) pour départager les deux outils dédiés français, et Agicap vs Kyriba pour le passage de la PME à l'ETI.
Les cinq options sur une seule page
Informations publiées par les éditeurs, relevées le 2 novembre 2026, prix hors taxes. Lisez la colonne « unité facturée » avant la colonne prix : aucun de ces outils ne compte la même chose, et c'est là que les comparaisons rapides se trompent.
| Outil | Prix publié | Unité facturée | Engagement | Fraîcheur bancaire publiée | Plateforme agréée (DGFiP) |
|---|---|---|---|---|---|
| Excel | Inclus dans Microsoft 365 (Business Standard 12,13 € par mois en annuel, relevé le 27/10) | Utilisateur | Celui de l'abonnement Microsoft 365 | Aucune : import ou saisie manuelle | Sans objet |
| Pennylane | Prévisionnel dès Essentiel : 24 € (1 util.), 49 € (2 util.), 99 € (5 util.) par mois | Offre et nombre d'utilisateurs | Sans engagement | Non publiée | Oui (immatriculée le 11/12/2025) |
| Okimia (ex-Fygr) | Starter 69 € · Pro 104 € par mois en annuel (99 € et 149 € en mensuel) ; Entreprise sur devis | Tranche de chiffre d'affaires, banques, entités | Mensuel sans durée minimale, ou annuel reconduit tacitement | 1 à 2 synchronisations par jour | Absente des listes |
| Agicap | Sur devis (aucun prix publié) | Nombre de comptes bancaires et tranche de chiffre d'affaires | Annuel, 12 mois minimum | Quotidienne ; toutes les 12 heures en DSP2 (documentation) | Oui (immatriculée le 20/01/2026) |
| Kyriba | Sur devis ; package « Essentials for Mid-Market » | « Empreinte bancaire » (nombre de banques et de comptes) | Non publié | Connectivité bancaire de groupe (SWIFT) revendiquée avec plus de 10 000 banques | Absente des listes |
Deux précisions. Okimia plafonne ses offres publiques : Starter jusqu'à 2 M€ de chiffre d'affaires, une entité et deux banques ; Pro jusqu'à 5 M€, une entité et quatre banques. Au-delà, ou dès la deuxième société, c'est l'offre Entreprise, sur devis. Et la colonne « plateforme agréée » ne dit pas qu'un outil de trésorerie doive l'être : elle dit seulement si l'éditeur pourra, à partir de 2026-2027, recevoir et émettre lui-même vos factures électroniques, ou s'il devra les récupérer chez votre plateforme.
Ce que coûtent les offres dont le prix est public
Sur cinq options, trois seulement publient un prix. Le graphique ci-dessous les ramène à un coût annuel, hors taxes, sur la base des grilles du 2 novembre 2026. Agicap et Kyriba n'ont pas de barre : nous ne publions pas de prix qu'un éditeur ne publie pas, et les estimations qui circulent sur des sites tiers ne sont pas vérifiables.
Deux enseignements. D'abord, la licence est rarement la ligne qui décide : entre 288 € et 1 788 € par an, l'écart pèse peu à côté du temps qu'un tableur fait perdre chaque semaine. Dans notre comparatif Agicap vs Excel, deux heures hebdomadaires de mise à jour valorisées à 50 € de l'heure représentaient déjà 4 600 € par an. Ensuite, la formule de facturation change le coût de 43 % chez Okimia : 1 248 € en annuel contre 1 788 € en mensuel pour la même offre Pro. Le mensuel coûte plus cher, mais se résilie sans attendre l'échéance : c'est le prix de l'essai grandeur nature.
Les six critères qui départagent vraiment
1. La maille et l'horizon. Une PME en tension a besoin de voir ses 13 prochaines semaines au jour près ; une PME saine a surtout besoin d'un budget de trésorerie sur 12 à 36 mois. Pennylane projette jusqu'à 36 mois à partir de 4 ans d'historique ; Agicap propose des mailles jour, semaine et mois, avec un module sur 13 semaines. Demandez une démonstration sur votre horizon, pas sur celui de la plaquette.
2. Les banques et la fraîcheur des soldes. « Temps réel » est la promesse commerciale la plus répandue du secteur et la moins tenue : la documentation d'Agicap indique une synchronisation quotidienne, toutes les 12 heures pour les connexions DSP2 ; Okimia parle d'une à deux synchronisations par jour. Pour une PME, c'est largement suffisant. Ce qui compte davantage : que toutes vos banques soient couvertes, y compris la banque régionale du prêt immobilier.
3. Le nombre d'entités. C'est le critère qui fait le plus souvent sauter d'étage. Une holding et une filiale suffisent à sortir des offres publiques d'Okimia et à rendre précieuse la consolidation d'Agicap. Comptez les sociétés que vous aurez dans deux ans, pas celles d'aujourd'hui.
4. Prévoir ou payer. La plupart des PME veulent prévoir. Exécuter les paiements depuis l'outil de trésorerie (virements groupés, protocole EBICS, validations à plusieurs) est un autre métier, celui des TMS comme Kyriba, que les outils dédiés couvrent de plus en plus. Si vos paiements partent déjà de votre banque ou de votre outil de dépenses (voir Spendesk vs Pleo), ne payez pas deux fois cette fonction.
5. L'engagement et la sortie. Pennylane est sans engagement. Okimia propose le mensuel sans durée minimale, ou l'annuel reconduit tacitement, à résilier au moins 7 jours avant l'échéance, sans remboursement. Agicap impose 12 mois minimum. Notez la date de résiliation dans votre agenda le jour de la signature, et vérifiez que vous pourrez exporter vos prévisions et vos catégories.
6. Les données. Un outil de trésorerie lit tous vos comptes bancaires : c'est l'une des données les plus sensibles de l'entreprise. Demandez où elle est hébergée (Okimia indique AWS à Francfort ; Kyriba, une infrastructure AWS mondiale), par quel agrégateur bancaire elle transite (Okimia cite Powens et Bridge, deux établissements agréés par l'ACPR), et qui chez l'éditeur peut y accéder.
Facture électronique : ce qu'elle change pour la trésorerie
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI doivent les émettre ; les PME et micro-entreprises suivront le 1er septembre 2027. Pour la trésorerie, c'est une bonne nouvelle : chaque facture circule désormais avec des statuts normalisés (déposée, reçue, approuvée, payée…). Un prévisionnel qui lit ces statuts sait, sans ressaisie, quelle facture fournisseur a été validée et laquelle reste en litige.
Encore faut-il que l'outil de trésorerie récupère ces statuts. Deux cas de figure. Si votre plateforme agréée est aussi votre outil de trésorerie (c'est possible avec Pennylane, immatriculée en décembre 2025, ou Agicap, immatriculée en janvier 2026), les statuts sont déjà au bon endroit. Sinon, l'outil de trésorerie devra les obtenir par une intégration avec votre plateforme : demandez laquelle, et depuis quand elle fonctionne. Notre guide pour choisir sa plateforme agréée détaille les critères à vérifier.
Cinq pièges que la série a mis au jour
En quatre comparatifs, aucun éditeur n'a publié un chiffre faux. Mais plusieurs tableaux, lus trop vite, auraient conduit à un mauvais choix. Voici les pièges à garder en tête devant n'importe quelle plaquette.
- « Temps réel » sur la page commerciale, « toutes les 12 heures » dans la documentation du même éditeur. Lisez toujours le centre d'aide avant la page d'accueil.
- « Trésorerie incluse » ne veut pas dire « prévisionnel inclus ». Chez Pennylane, le suivi du réalisé est sur toutes les offres, le prévisionnel commence à Essentiel. À 49 € par mois, on peut acheter Essentiel pour 2 utilisateurs avec prévisionnel, ou Basique pour 5 utilisateurs sans.
- Le comparatif publié par l'un des deux concurrents. Plusieurs éditeurs publient une page « nous contre eux » : elle est utile pour connaître leurs arguments, jamais pour connaître l'autre.
- Le nom de la marque n'est pas celui du contrat. Fygr est devenu Okimia le 18 juin 2026, mais la société qui signe reste FYGR ; les mentions légales de Kyriba désignent une entité américaine. Vérifiez qui signe, et où sont les données.
- Le compteur change selon la page. Le nombre de banques connectées annoncé varie parfois sur un même site (plus de 10 000 et plus de 9 900 sur la même page Kyriba). Ce qui compte n'est pas le total, c'est la présence de vos banques.
Ce qui a bougé pendant la série
- Fygr s'appelle Okimia depuis le 18 juin 2026 : beaucoup de comparatifs en ligne utilisent encore l'ancien nom, et certains citent des prix qui ne sont plus ceux de la grille actuelle.
- Kyriba vend désormais une offre packagée pour les ETI, avec des services de démarrage à prix fixe, alors que les guides de ses concurrents le rangent encore dans la case « grands groupes ».
- Aucune grille n'a changé entre le 27 octobre et le 2 novembre 2026 : Pennylane (7, 14, 24 et 79 € pour un utilisateur ; 29, 49 et 149 € pour deux ; 49, 99 et 298 € pour cinq), Okimia (69, 104, 99 et 149 €), Agicap et Kyriba toujours sur devis.
La stabilité d'une semaine ne garantit rien pour le renouvellement : demandez toujours un devis écrit et daté, et relisez les grilles avant chaque échéance.
Notre avis de DSI à temps partagé
Dans les PME que nous accompagnons, le problème est rarement l'outil. C'est l'absence d'un rituel : une prévision que personne ne compare au réalisé, que personne ne commente en comité, et qui n'entraîne aucune décision. Un tableur tenu chaque lundi par une personne nommée vaut mieux qu'un logiciel coûteux que personne n'ouvre.
Notre ordre de priorité est donc toujours le même : d'abord le rituel (une revue hebdomadaire, une revue mensuelle avec la direction), ensuite l'outil le plus bas de l'escalier qui supprime la saisie manuelle, et l'étage suivant seulement quand un critère précis l'impose : une banque de plus, une société de plus, des paiements à sécuriser. Et si votre comptabilité est déjà dans Pennylane, testez son prévisionnel pendant un trimestre avant de signer 12 mois ailleurs. La méthode, elle, est détaillée dans notre guide pour optimiser sa trésorerie grâce aux données de l'ERP.
Choisir son logiciel de trésorerie en six étapes
- Faire l'inventaire des flux : banques, comptes, sociétés, devises, et l'outil d'où partent les paiements. Ajoutez ce que vous prévoyez dans les deux ans.
- Fixer l'horizon et la maille : 13 semaines au jour près, 12 mois au mois, ou les deux. C'est ce qui dit si un module comptable suffit.
- Nommer le propriétaire de la prévision et caler le rituel : qui met à jour, qui commente, quand la direction la regarde.
- Tester deux outils sur vos vraies données : trois mois de relevés et vos factures ouvertes, en vérifiant que toutes vos banques se connectent.
- Lire le contrat : engagement, préavis, révision de prix, export des données, hébergement, agrégateur bancaire.
- Relier comptabilité et facturation électronique, puis comparer chaque mois la prévision au réalisé pour corriger les hypothèses.
Pour un regard extérieur sur ce choix, sans être lié à un éditeur, c'est précisément le rôle d'un DSI externalisé.
Questions fréquentes
Quel logiciel de trésorerie choisir pour une PME ?
Cela dépend de l'étage où se trouve l'entreprise. Une société avec une ou deux banques peut s'appuyer sur le module de son outil comptable (Pennylane, prévisionnel dès 24 € HT par mois) ou sur Okimia (dès 69 € HT par mois en annuel). Avec plusieurs banques et plusieurs sociétés, Agicap ou l'offre Entreprise d'Okimia. Un groupe qui exécute des paiements dans plusieurs pays relève d'un TMS comme Kyriba.
Combien coûte un logiciel de trésorerie ?
Selon les prix publics du 2 novembre 2026, de 288 € HT par an (Pennylane Essentiel, un utilisateur) à 1 788 € HT par an (Okimia Pro en mensuel). Agicap et Kyriba ne publient pas de prix : leurs devis dépendent du nombre de comptes bancaires et, chez Agicap, de la tranche de chiffre d'affaires, avec un engagement de 12 mois minimum.
Excel suffit-il pour gérer la trésorerie ?
Pour une société avec une ou deux banques et une personne qui le tient chaque semaine, oui. Il devient coûteux quand la mise à jour prend plusieurs heures par semaine, quand plusieurs personnes y contribuent ou quand l'entreprise compte plusieurs sociétés : la saisie manuelle multiplie alors les erreurs et le temps perdu dépasse vite le prix d'un abonnement.
Quelle différence entre un logiciel de trésorerie et un TMS ?
Un logiciel de trésorerie comme Agicap ou Okimia sert d'abord à prévoir : il agrège les comptes, catégorise les flux et construit des scénarios. Un TMS comme Kyriba ajoute l'exécution et le contrôle des paiements de groupe, la connectivité bancaire mondiale et la gestion des risques de change. Les frontières se rapprochent, mais le TMS suppose en général une équipe de trésorerie dédiée.
Le logiciel de trésorerie doit-il être une plateforme agréée ?
Non. La plateforme agréée sert à émettre et recevoir les factures électroniques. Mais un outil de trésorerie qui l'est, comme Pennylane ou Agicap, dispose directement des statuts des factures ; les autres doivent les récupérer par une intégration avec votre plateforme, à vérifier avant de signer.
En résumé
Choisir un logiciel de trésorerie, c'est d'abord situer son entreprise sur un escalier à quatre marches : tableur, module comptable, outil dédié, TMS. Le nombre de banques, de sociétés et le besoin d'exécuter les paiements font monter d'une marche ; le prix de la licence, entre 288 € et 1 788 € HT par an pour les offres publiques, décide rarement. Le vrai facteur de réussite est le rituel de revue, que l'outil ne remplace pas. Pour cadrer ce choix, relier votre trésorerie à vos données comptables et piloter le projet, découvrez notre accompagnement data et ERP ou contactez-nous.