La réponse en 30 secondes
Il n'existe aucune ligne sur laquelle Veeam et Acronis publient tous les deux un prix. Tout tableau à deux colonnes sur ce duel contient donc au moins un chiffre qui ne vient d'aucun des deux éditeurs.
Acronis affiche des tarifs en euros pour son logiciel, mais vous vend son stockage cloud quatre fois plus cher au téraoctet que Veeam. Veeam affiche un prix au téraoctet, mais aucun prix de licence. Et les deux comptent les licences selon des règles si différentes qu'un même parc informatique en consomme 10 chez l'un et 18 chez l'autre.
Rapport entre le prix du téraoctet de stockage cloud chez Acronis (589 €/an) et chez Veeam Vault Foundation (145 €/an).
Part de votre volume annuel que Veeam Vault Foundation inclut en restauration. Au-delà, l'éditeur se réserve le droit de facturer.
Occurrence du mot « sauvegarde » dans les 134 pages du catalogue ANSSI d'août 2026. Aucun logiciel de sauvegarde n'est visé en France.
Tous les relevés de cet article ont été effectués le 1er septembre 2026 sur les pages publiques des deux éditeurs, sur le catalogue officiel de l'ANSSI et au taux de change de référence de la Banque centrale européenne (1 € = 1,1596 $).
Les deux éditeurs ne publient pas la même ligne
C'est le point de départ, et il rend caduque la quasi-totalité des comparatifs disponibles. Une solution de sauvegarde se paie sur deux lignes : le logiciel qui fabrique les copies, et le stockage qui les héberge. Chaque éditeur en publie une, et cache l'autre — mais pas la même.
Acronis affiche des tarifs en euros, référence par référence, dans les données structurées de sa page d'achat : 479 € par an pour une licence Cyber Protect Standard Server, 70,99 € pour une licence Workstation, 565 € pour un hôte virtuel. Veeam, lui, ne publie aucun prix de licence : sa page tarifaire renvoie à un formulaire de devis.
À l'inverse, Veeam affiche un prix de stockage au téraoctet, à la décimale près et en trois paliers. Acronis vend aussi du stockage, mais il en inclut d'abord un quota avec chaque licence, ce qui rend la ligne invisible dans un tableau.
C'est la dixième variante que nous relevons dans cette série d'un tableau à deux colonnes qui ment sans un seul chiffre faux, et elle est peut-être la plus simple : quand aucune ligne n'est publiée des deux côtés, le comparatif doit inventer la moitié de ses chiffres pour exister. Ils viennent alors de revendeurs, de places de marché ou d'estimations de tiers — et se durcissent par republication jusqu'à passer pour officiels. Nous avons rencontré la même mécanique entre Bitdefender et Microsoft Defender, où l'un des deux éditeurs ne servait qu'un gabarit de prix non substitué.
La seule ligne comparable : un écart de 1 à 4
On peut néanmoins rapprocher une chose : un téraoctet de stockage cloud de l'éditeur, pendant un an. Les deux le vendent, et les deux affichent un prix. C'est le seul point de contact honnête entre les deux grilles — et l'écart y est spectaculaire.
589 € contre 145 € : le téraoctet de sauvegarde coûte 4,1 fois plus cher chez Acronis. Et le rapport se dégrade encore sur les petits volumes : le palier 250 Go d'Acronis, à 189 € par an, revient à 756 € le téraoctet. Même sur son meilleur palier, cinq téraoctets à 2 809 € par an, Acronis reste à 562 € le téraoctet.
Un détail change la lecture, sans annuler l'écart : Acronis inclut du stockage avec chaque licence — 250 Go par serveur, 250 Go par hôte virtuel, 150 Go pour une licence Windows Server Essentials, 50 Go par poste de travail, 40 Go par machine virtuelle en cloud public. Le quota est mutualisé entre tous les appareils du compte. Chez Veeam, le stockage se facture intégralement à part, et le logiciel n'inclut aucun octet.
Autrement dit : la comparaison n'est jamais « logiciel contre logiciel » ni « stockage contre stockage ». Elle est « forfait partiel contre facturation séparée ». La seule façon d'en sortir est de calculer un coût complet à votre volumétrie réelle — celle de vos sauvegardes, pas celle de vos disques.
« Restauration incluse » : incluse jusqu'à un cinquième
C'est la case la plus cochée des comparatifs, et la moins lue. Le palier Foundation de Veeam Vault — celui que l'éditeur présente lui-même comme le mieux adapté à la sauvegarde quotidienne, donc celui que prendra la PME — mentionne « fair use » en face de la ligne restauration. La politique correspondante est explicite dans la foire aux questions : Veeam se réserve le droit de facturer les lectures et restaurations au-delà des 20 % de la capacité totale souscrite dans une année donnée.
Ce plafond n'a rien d'abusif pour un usage courant : restaurer un fichier effacé, un dossier, une boîte aux lettres, on reste très loin des 20 %. Le problème est que le sinistre pour lequel on achète une sauvegarde, lui, restaure 100 %. Un chiffrement par rançongiciel, un incendie de baie, une erreur de virtualisation : on redescend tout.
Veeam ne cache rien : la ligne figure dans son tableau, la politique est publiée, et l'éditeur précise que les dépassements sont traités au cas par cas, facturés aux tarifs publics des transactions de lecture et de sortie de données de la région concernée. Mais un tableau comparatif qui écrit « restauration incluse ✅ » en face de Foundation dit une chose fausse au moment précis où elle compte.
Le palier Advanced, à 248 € le téraoctet, lève la limite : la restauration y est illimitée. La bonne question à se poser n'est donc pas « quel palier est le moins cher », mais « quel palier est encore le moins cher le jour où je restaure tout ». Sur 1,5 To, l'écart annuel entre Foundation et Advanced est de 155 € — le prix d'une demi-journée d'intervention. C'est le même raisonnement que nous appliquions au choix du niveau de service dans OVHcloud vs AWS : la ligne qu'on n'utilise jamais est aussi celle qui décide de tout.
Le palier Archive, à 47 € le téraoctet, obéit encore à une autre logique : les lectures y sont facturées après coup, le délai de restitution annoncé dépasse quinze heures et la rétention minimale est de 180 jours. C'est un coffre d'archivage réglementaire, pas une sauvegarde d'exploitation.
Une licence n'est pas une licence : 10 contre 18
Deuxième piège, purement arithmétique. Les deux éditeurs facturent « par machine », et cette phrase recouvre deux règles de comptage incompatibles.
Chez Acronis, la règle est littérale : chaque machine ou hôte physique que vous souhaitez sauvegarder nécessite une licence. Un serveur, une licence Server. Un poste de travail, une licence Workstation. Les licences se vendent à l'unité.
Chez Veeam, l'unité est la charge de travail, et sa politique de licence publie une table de conversion : une machine virtuelle ou un serveur valent une unité, mais trois postes de travail n'en valent qu'une, 500 Go de données non structurées une, et dix identités Entra ID une. En contrepartie, les licences ne se vendent pas à l'unité : Foundation, Advanced et Premium sont commercialisées par packs de dix, l'édition Essentials par packs de cinq et dans la limite de cinquante.
| Parc : 3 serveurs + 15 postes | Veeam | Acronis |
|---|---|---|
| Serveurs | 3 unités | 3 licences Server |
| Postes de travail | 5 unités (3 postes = 1) | 15 licences Workstation |
| Besoin théorique | 8 unités | 18 licences |
| Contrainte de conditionnement | packs de 10 : on achète 10 | vente à l'unité : on achète 18 |
| Stockage cloud inclus | aucun | 1,5 To (750 Go + 750 Go) |
Dix licences chez l'un, dix-huit chez l'autre, pour exactement le même parc. Comparer un « prix par licence » entre ces deux éditeurs revient donc à diviser deux factures par deux nombres qui ne désignent pas la même chose. C'est faux même quand les deux prix sont exacts.
Au tarif public, ce parc coûte chez Acronis 3 × 479 € + 15 × 70,99 €, soit 2 502 € par an en édition Standard, stockage de 1,5 To compris. Ce même 1,5 To, acheté séparément au catalogue Acronis, coûterait environ 914 € — le quota inclus n'est donc pas un geste commercial marginal, il représente plus du tiers de la facture. Chez Veeam, la même volumétrie sur Vault Foundation revient à 217 € par an, auxquels s'ajoute un prix de licence que l'éditeur ne publie pas. Impossible de conclure : c'est précisément le sujet de cet article.
Le choix du premier jour : la rétention fixe le prix de la sortie
Nous avions relevé pour 1Password et Bitwarden qu'une case cochée en vert peut recouvrir non pas une propriété du produit, mais un choix qu'on ne fait qu'une fois. La sauvegarde en offre la version la plus coûteuse — et elle porte un nom : la durée de rétention.
Changer d'antivirus prend un week-end. Changer de sauvegarde ne se fait pas : cela se double. Vos points de restauration existants ne sont lisibles que par le logiciel qui les a écrits — Veeam produit ses propres fichiers de chaîne de sauvegarde, Acronis les siens, et aucun des deux ne lit ceux de l'autre. Le jour où vous basculez, l'historique déjà constitué ne migre pas. Si votre politique impose de pouvoir restaurer douze mois en arrière, vous devez maintenir l'ancienne solution en lecture pendant douze mois, en plus de la nouvelle.
Traduit en euros : le coût de sortie d'une solution de sauvegarde est égal à sa durée de rétention multipliée par son abonnement. Une rétention de douze mois signifie qu'un changement d'éditeur coûte une année complète de licence supplémentaire, quel que soit le prix affiché par le concurrent. C'est ce montant, et non l'écart mensuel, qui devrait figurer dans la décision.
Deux conséquences pratiques. D'abord, négociez la durée d'engagement en connaissance de cause : Acronis affiche des tarifs à un, trois et cinq ans, et un engagement de cinq ans sur un serveur Standard, à 1 429 €, revient à 60 % du prix de cinq abonnements annuels successifs. Ensuite, notez que Veeam Vault impose une rétention minimale de 30 jours sur ses paliers Foundation et Advanced, et de 180 jours sur Archive : le plancher de facturation est un paramètre du contrat, pas de votre politique.
Cette durée de rétention n'est pas un choix technique isolé : elle découle de votre politique de sauvegarde, dont les étapes de construction sont détaillées dans notre plan de sauvegarde de données. Écrivez-la avant de demander un devis : elle change le classement des deux offres.
Le fait français : l'ANSSI ne certifie pas la sauvegarde
La question revient dans tous les questionnaires fournisseurs, et la réponse est nette. Dans le catalogue officiel des produits et services certifiés, qualifiés et agréés par l'ANSSI — édition d'août 2026, mise à jour le 25 août 2026, 134 pages — le mot « sauvegarde » n'apparaît pas une seule fois. Veeam et Acronis y comptent zéro occurrence, mais ils sont en nombreuse compagnie : Nakivo, Rubrik, Commvault, Cohesity, Synology, et les éditeurs français Atempo et Wooxo y sont également absents.
Ce n'est pas un jugement sur ces produits, c'est une absence de catégorie. Les quinze rubriques de qualification du catalogue couvrent le chiffrement, les pare-feu, les systèmes de détection, les modules matériels de sécurité, les dispositifs de signature — pas la sauvegarde. Il n'existe pas de visa à obtenir. La nuance est décisive et rejoint celle que nous relevions pour les gestionnaires de mots de passe : l'absence d'un produit dans une liste et l'absence de la liste elle-même ne disent pas la même chose.
Le seul levier français réellement applicable porte donc sur l'endroit où les copies atterrissent, pas sur le logiciel qui les fabrique. Et sur ce terrain, un fait mérite d'être connu : Veeam Vault s'appuie sur Microsoft Azure Blob, en redondance locale pour Foundation, par zones pour Advanced. Aucun service de sauvegarde ne figure par ailleurs parmi les offres qualifiées SecNumCloud, dont la liste ne compte à ce jour que des IaaS, PaaS et SaaS généralistes — Cloud Temple, OVH, Outscale, Thales S3NS, Orange Business, Worldline, Oodrive, Whaller et quelques applications métier.
Pour une PME ordinaire, cela ne change rien : l'absence de visa n'est ni un défaut de sécurité ni une non-conformité. Elle ne devient contraignante que par ruissellement contractuel, lorsque vous vendez à l'État, à un opérateur régulé ou à leurs sous-traitants de rang un. Les obligations qui, elles, s'imposent bel et bien en matière de continuité relèvent de la directive NIS2, détaillées dans nos mesures de cybersécurité obligatoires — cet article-ci ne tranche que le choix du produit. Et la vérification que nous venons de faire dans le catalogue est exactement celle à mener lors de l'inventaire d'outils d'un audit de sécurité informatique.
Notre recommandation, par situation
Petit parc, faible volumétrie, pas d'équipe informatique
Acronis a l'avantage décisif d'un prix public opposable et d'un quota de stockage inclus qui couvre les besoins d'un serveur de fichiers ordinaire. En dessous de 250 Go sauvegardés par serveur, vous ne paierez jamais la ligne stockage — c'est précisément la configuration où son tarif au téraoctet, quatre fois supérieur, ne vous atteint pas.
Volumétrie supérieure à un téraoctet, ou croissance rapide des données
Le rapport s'inverse mécaniquement : au-delà du quota inclus, chaque téraoctet supplémentaire coûte 589 € par an chez Acronis contre 145 € chez Veeam. Demandez à Veeam un devis de licence chiffré et comparez le total, pas la ligne. C'est le seul cas où l'absence de tarif public vaut la peine d'un appel.
Beaucoup de postes de travail, peu de serveurs
La règle des trois postes pour une unité joue fortement en faveur de Veeam. Sur trente postes, l'écart de comptage est de dix unités contre trente licences. Refaites systématiquement le calcul en unités avant de comparer des prix unitaires.
Vous devez pouvoir restaurer l'intégralité du système
Ne retenez pas Veeam Vault Foundation sur la seule mention « restauration incluse ». Chiffrez le palier Advanced, dont la restauration est illimitée : sur les volumes d'une PME, l'écart annuel se compte en centaines d'euros, à comparer au coût d'une journée d'arrêt.
Un dernier mot de méthode, valable au-delà de ces deux produits. Les quatre écarts décisifs de ce comparatif — un prix de licence non publié, un tarif au téraoctet de 1 à 4, une règle de comptage des machines, un plafond de restauration à 20 % — ne figurent sur aucune des deux fiches produit. Trois d'entre eux ne se lisent que dans les foires aux questions et les politiques de licence. Et le cinquième, la rétention, n'est écrit nulle part : c'est vous qui le fixez, le premier jour, sans savoir que vous venez de fixer aussi le prix de votre sortie. Les principes de continuité qui encadrent tout cela — copies immuables, règle 3-2-1, tests de restauration — sont détaillés dans notre guide complet de la cybersécurité en entreprise.