La réponse en 30 secondes
Sous 20 utilisateurs, les deux se valent au prix près. Au 21e, 1Password devient 2,3 fois plus cher que Bitwarden.
La quasi-totalité des comparatifs chiffrent l'exercice sur dix utilisateurs — c'est-à-dire du bon côté du seul palier qui compte. Et les deux éditeurs partagent un piège que ces mêmes comparatifs cochent en vert sans le lire : le choix du pays d'hébergement se fait le premier jour et ne se refait pas.
Membres maximum sur le Teams Starter Pack de 1Password. Au-delà, la formule n'existe plus.
Surcoût annuel provoqué par un seul utilisateur supplémentaire, le 21e, chez 1Password.
Gestionnaire de mots de passe actuellement visé par l'ANSSI — 1Password et Bitwarden compris.
Tous les relevés de cet article ont été effectués le 31 août 2026 sur les pages publiques des deux éditeurs et sur le catalogue officiel de l'ANSSI.
Le mur des 20 sièges
1Password vend deux formules professionnelles. Le Teams Starter Pack, à 263,40 € par an, comprend dix membres ; on peut y ajouter jusqu'à dix sièges supplémentaires à 4,49 € par siège et par mois. L'éditeur le précise noir sur blanc : vingt membres au total, et pas un de plus. Au-delà, il faut basculer sur 1Password Business, à 7,99 € par utilisateur et par mois en engagement annuel.
Bitwarden, lui, facture au siège dès le premier : Teams à 4 $ et Enterprise à 6 $ par utilisateur et par mois, sans palier. La courbe est une droite.
Résultat : les deux offres sont pratiquement à égalité jusqu'à vingt utilisateurs — 802 € contre 818 € par an — puis l'une des deux décroche brutalement.
Le 21e utilisateur coûte 1 211,28 € par an. Pas 96 € — le prix d'un siège — mais le prix de la sortie du Starter Pack pour l'équipe entière. Sur vingt-cinq collaborateurs, l'écart annuel entre les deux éditeurs atteint 2 397 € contre 1 023 €, soit un rapport de 2,3.
Ce seuil est la raison pour laquelle deux comparatifs sérieux peuvent se contredire en toute bonne foi : l'un a chiffré à dix utilisateurs, l'autre à trente. Refaites systématiquement le calcul à votre effectif dans trois ans, pas à celui d'aujourd'hui. Une PME de dix-huit personnes qui recrute deux commerciaux change de catégorie tarifaire sans changer d'outil.
Deux prix qui n'ont pas le même statut
Une nuance passe inaperçue quand on aligne les chiffres dans un tableau. 1Password publie un tarif en euros : 7,99 € par utilisateur et par mois pour Business, 21,95 € par mois pour le Starter Pack. Ce sont des montants affichés, dans la devise de facturation de la région européenne de l'éditeur.
Bitwarden, lui, affiche des dollars : 4 $ et 6 $ par utilisateur et par mois. Le montant en euros n'est pas un tarif publié, c'est une conversion calculée par la page à un taux de change qu'elle embarque — 1,17206 dollar pour un euro le jour de notre relevé, ce qui plaçait Teams autour de 3,41 € et Enterprise autour de 5,12 € hors taxes.
Ce n'est ni une faute ni un piège : facturer en dollars est le mode normal d'un éditeur américain. Mais du point de vue de l'acheteur, la conséquence est réelle : vous comparez un prix engagé à un prix converti. Le second bougera au renouvellement sans que l'éditeur ait changé son tarif. C'est le même défaut de symétrie que celui relevé entre un tarif public opposable et un prix négocié par revendeur dans Bitdefender vs Microsoft Defender.
La parade tient en une ligne dans votre demande de devis : exigez le coût total sur trois ans, dans votre devise de facturation, reconduction incluse.
Le paramètre qui n'en est pas un : la région d'hébergement
C'est le point le plus important de cet article, et celui qu'aucun tableau à deux colonnes ne montre. Les deux éditeurs proposent bien un hébergement en Union européenne — Bitwarden avec une région UE distincte de sa région américaine, 1Password avec un domaine européen dédié à côté de ses domaines américain et canadien. Les comparatifs cochent donc « hébergement UE » en vert des deux côtés, et passent à la ligne suivante.
Or ce n'est pas une case à cocher. C'est une décision de jour un. Les deux éditeurs écrivent, chacun dans sa propre documentation, qu'ils ne migrent pas un compte d'une région à l'autre.
Ce que dit Bitwarden
Les régions sont des environnements distincts. L'éditeur indique qu'il ne peut pas migrer un compte d'une région à l'autre pour ses clients : chaque membre doit exporter puis réimporter son coffre personnel, pièces jointes comprises. Et un utilisateur inscrit dans une région ne peut pas rejoindre une organisation située dans l'autre.
Ce que dit 1Password
Les données restent dans la région choisie et ne sont jamais déplacées automatiquement. Changer de région suppose d'ouvrir un nouveau compte et de recopier les éléments à la main. Les fichiers et les documents doivent être téléchargés puis re-téléversés, les éléments à icône personnalisée ne se copient pas, et les liens entre éléments sont à refaire.
Traduit en risque d'entreprise : le jour où un grand compte vous transmet son questionnaire fournisseur et demande où sont hébergés vos secrets d'authentification, la réponse a été écrite le jour de l'inscription — souvent par le premier associé qui a créé le compte, en laissant la valeur par défaut. La corriger coûte une remigration complète, coffre par coffre et utilisateur par utilisateur.
C'est aussi ce qui rend la question différente d'un simple débat de conformité : la localisation des données relève de vos obligations de traitement, détaillées dans le guide RGPD pour les PME, mais elle devient ici une contrainte technique irréversible. Décidez-la avant de créer le compte, pas au premier audit.
Le fait français : ni l'un ni l'autre n'est visé par l'ANSSI
L'ANSSI publie chaque mois le catalogue des produits certifiés, qualifiés et agréés. C'est la référence opposable dès qu'un cahier des charges exige un produit visé par l'État. Nous avons ouvert l'édition d'août 2026, mise à jour le 25 août à 10 h 36, et cherché les quatre grands noms du secteur dans l'intégralité du document.
1Password : zéro occurrence. Bitwarden : zéro. Dashlane : zéro. Keeper : zéro.
Le seul éditeur de coffre-fort à mots de passe présent au catalogue est français : LockSelf, pour sa version 2.2, certificat ANSSI-CSPN-2018-23, catégorie « stockage sécurisé », délivré le 24 décembre 2018. Mais la colonne suivante du catalogue est sans appel : cette certification y est mentionnée comme non maintenue.
Le constat structurel est plus parlant encore. Parmi les quinze rubriques de produits qualifiés — chiffrement de fichiers et de disques, chiffreurs, clients VPN, pare-feu, systèmes de détection, moyens d'identification électronique, et les autres — il n'existe aucune rubrique consacrée à la gestion de mots de passe.
Ce qu'il faut en conclure, et surtout ce qu'il ne faut pas en conclure
« Choisir un gestionnaire de mots de passe certifié par l'ANSSI » n'est pas une option qui existe aujourd'hui : ce n'est donc pas un critère de départage entre 1Password et Bitwarden, et l'absence de visa n'est ni un défaut de sécurité ni une non-conformité. En revanche, si un questionnaire fournisseur vous pose la question, vous savez désormais que la réponse « aucun produit du marché n'en dispose » est exacte et vérifiable — et qu'elle vaut mieux qu'un silence embarrassé.
Cette vérification est la même que celle recommandée à l'étape d'inventaire des outils d'un audit de sécurité informatique. Quant aux mesures que la directive NIS2 impose réellement en matière d'authentification, elles sont détaillées dans nos mesures de cybersécurité obligatoires : cet article-ci ne tranche que le choix du produit.
Ce qui les sépare vraiment
Une ligne mérite un mot de plus, car elle est régulièrement mal comprise. Bitwarden est auto-hébergeable, ce qui en fait la réponse évidente aux exigences de souveraineté les plus strictes. Mais la documentation de l'éditeur précise que l'auto-hébergement d'une organisation suppose d'abord de souscrire un abonnement sur le cloud, puis de téléverser un fichier de licence sur son instance. Héberger soi-même ne veut donc pas dire se passer du fournisseur : cela veut dire maîtriser l'emplacement des données, et ajouter à sa charge l'exploitation, les sauvegardes et les mises à jour du serveur. 1Password, de son côté, ne propose pas d'auto-hébergement.
Notre recommandation, par situation
Moins de 20 personnes, effectif stable
Les deux conviennent, et le Starter Pack de 1Password est légèrement moins cher. Choisissez sur l'expérience utilisateur, en faisant tester les deux extensions de navigateur par les personnes les moins à l'aise de l'équipe : c'est l'adoption qui décide de l'efficacité d'un coffre-fort, pas sa fiche technique.
Plus de 20 personnes, ou croissance en cours
Bitwarden l'emporte nettement sur le coût, avec un rapport de 2,3 à vingt-cinq utilisateurs. Si vous restez sur 1Password, négociez dès maintenant le tarif Business : c'est celui que vous paierez, pas celui de la vitrine.
Vous répondez à des appels d'offres ou à des questionnaires fournisseurs
Créez le compte sur la région européenne dès le premier jour, quel que soit l'éditeur retenu, et gardez la trace écrite de ce choix. Aucun des deux ne rattrapera l'erreur pour vous.
Un dernier mot sur la méthode, parce qu'elle vaut au-delà de ces deux produits. Les trois écarts décisifs de ce comparatif — un palier tarifaire, une devise, une région d'hébergement — ne figurent sur aucune des deux fiches produit. Ils apparaissent dans les pages d'aide et les conditions de facturation, que personne ne lit avant d'acheter. C'est presque toujours là que se trouve la différence qui vous coûtera de l'argent.