Le comparatif que tout le monde recopie — et les deux faits de 2026 qui le cassent
Cherchez « OVHcloud vs AWS » et vous tomberez partout sur la même conclusion : « OVHcloud est moins cher mais limité, AWS est plus cher mais complet — et depuis qu'AWS a lancé son cloud souverain européen, l'argument de la souveraineté ne tient plus. »
Cette phrase contient une part de vrai et deux erreurs de fond. Les deux sont datées de 2026, et aucune n'apparaît dans les comparatifs anglo-saxons qui dominent les résultats de recherche.
Première erreur : la souveraineté n'est plus un argument marketing, c'est une liste. Depuis le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026, pris en application de la loi SREN, l'obligation de recourir à un prestataire qualifié SecNumCloud pour héberger certaines données sensibles est devenue opposable à l'État, à ses opérateurs et à six groupements d'intérêt public. Or SecNumCloud n'est pas une promesse commerciale : c'est un référentiel de l'ANSSI, avec un catalogue public de qualifiés. AWS n'y figure pas — et, pour une raison structurelle que nous détaillons plus bas, ne peut pas y figurer en l'état. Mais l'inverse est tout aussi faux : le cloud public d'OVHcloud que vous achetez n'est pas qualifié SecNumCloud non plus. Les deux camps entretiennent le flou.
Deuxième erreur, la plus répandue : « le règlement européen sur les données supprime les frais de sortie du cloud en janvier 2027 ». On lit cette phrase partout depuis un an. Elle est fausse — ou plus exactement, elle est vraie pour une moitié du sujet et fausse pour l'autre, et cette moitié-là représente l'essentiel de la facture. Nous commençons par là, parce que c'est le point qui change réellement la décision.
Ce comparatif reprend donc le duo à zéro, du point de vue d'un dirigeant ou d'un DSI de PME ou d'ETI française en 2026 : les prix relevés à la source et non recopiés, le coût réel sur trois ans, l'état exact de la souveraineté des deux côtés, ce qu'AWS sait faire qu'OVHcloud ne sait pas faire, et le calendrier réglementaire qui va rendre ce choix documentable.
L'erreur n°1 de 2026 : le Data Act ne supprime pas votre facture de trafic sortant
Le règlement européen sur les données — le Data Act, règlement (UE) 2023/2854 — est entré en vigueur le 11 janvier 2024 et s'applique depuis le 12 septembre 2025. Son chapitre sur le changement de fournisseur de services de traitement de données suit un calendrier en trois temps :
- Depuis le 12 septembre 2025 : transparence obligatoire et complète sur l'ensemble des frais de changement et de migration.
- Depuis le 12 janvier 2026 : interdiction des pénalités de changement ; les frais de migration facturables sont réduits aux coûts directs strictement nécessaires supportés par le fournisseur.
- À partir du 12 janvier 2027 : le changement de fournisseur devient entièrement gratuit.
Voilà pour ce qui est exact. Maintenant la nuance que presque aucun article français ne fait, et qui change tout : le texte encadre les frais de changement de fournisseur, pas le trafic sortant opérationnel. Servir vos données à vos propres utilisateurs, alimenter votre CDN, exposer une API à vos clients : ce trafic-là reste facturé exactement comme aujourd'hui, après le 12 janvier 2027 comme avant.
Autrement dit, l'argument financier n°1 des comparatifs contre AWS — « les frais de sortie vous enferment » — se scinde en deux, et une seule moitié disparaît.
La démonstration en deux chiffres
Prenons une PME qui héberge 50 To de données chez AWS et une charge applicative qui émet 2 To de trafic sortant par mois.
Ce qui meurt le 12 janvier 2027 : le péage de sortie. Rapatrier ces 50 To coûte aujourd'hui de l'ordre de 4 500 $ au tarif catalogue de transfert sortant. À partir de cette date, cette facture ponctuelle tombe à zéro, par la loi.
Ce qui survit intégralement : les 2 To mensuels de trafic opérationnel, soit environ 175 $ par mois, près de 6 300 $ sur trois ans. Rien dans le Data Act ne les supprime.
Le coût récurrent est donc supérieur au coût de sortie, et c'est lui qui structure l'écart entre les deux fournisseurs. Chez OVHcloud, le trafic sortant des instances de cloud public est facturé zéro — nous l'avons vérifié dans le catalogue tarifaire de l'éditeur, pas dans un article.
Deux conséquences pratiques, à contre-courant de ce qui s'écrit :
1. La peur de l'enfermement devient un mauvais critère de choix. Si le coût juridique de partir tombe à zéro en janvier 2027, refuser AWS aujourd'hui « pour ne pas être prisonnier » revient à se prémunir contre un risque que le législateur européen est en train de supprimer. AWS et Google avaient d'ailleurs déjà renoncé aux frais de transfert en cas de migration complète dès janvier 2024, sous la pression des régulateurs. Le vrai verrou n'a jamais été la facture de sortie : c'est la réversibilité technique, c'est-à-dire le nombre de services managés propriétaires que vous aurez utilisés et qu'il faudra réécrire. Cela, aucun règlement ne le supprimera.
2. Symétriquement, la gratuité du trafic sortant chez OVHcloud reste un avantage réel. Beaucoup l'ont classée dans la catégorie « avantage bientôt caduc puisque le Data Act arrive ». C'est une erreur de lecture : cet avantage porte sur le trafic opérationnel, que le Data Act ne touche pas. Il est donc pérenne.
Une réserve d'honnêteté pour finir : un paquet législatif européen dit Digital Omnibus, proposé par la Commission le 19 novembre 2025, contient des amendements au Data Act — clarification des pénalités de résiliation anticipée dans les contrats à durée déterminée, exemptions pour les services sur mesure hors IaaS et régime allégé pour certains contrats conclus avant le 12 septembre 2025. Ces amendements sont, à ce jour, des propositions en cours de négociation, pas du droit acquis. L'échéance du 12 janvier 2027 reste celle du règlement en vigueur. À surveiller, sans en faire une hypothèse de planification.
Les prix réels, relevés à la source
Règle méthodologique que nous appliquons systématiquement : ne jamais reprendre un prix cité dans un comparatif. Les chiffres ci-dessous proviennent du catalogue tarifaire public d'OVHcloud pour la France et de la grille à la demande d'AWS pour la région eu-west-3 (Paris), relevés en août 2026. Ils sont hors taxes, hors remise négociée, et ils bougeront : traitez-les comme un ordre de grandeur documenté, pas comme un devis.
| Ressource comparable | OVHcloud (Public Cloud) | AWS (eu-west-3, Paris) |
|---|---|---|
| Instance 2 vCPU / 8 Go | b3-8 — 0,0512 €/h (≈ 37,40 €/mois) | m7i.large — 0,1176 $/h (≈ 85,85 $/mois) |
| Instance 4 vCPU / 16 Go | b3-16 — 0,1023 €/h | m7i.xlarge — 0,2352 $/h |
| Petite instance polyvalente | d2-4 — 11,44 €/mois | t3.medium — 0,0472 $/h (≈ 34,50 $/mois) |
| Trafic sortant Internet | 0 € — inclus, non facturé | 0,09 $/Go au-delà de 100 Go/mois offerts |
| Stockage objet standard | 0,007 €/Go/mois | S3 Standard — ≈ 0,024 $/Go/mois |
Deux précautions de lecture, parce que ce tableau est trop flatteur pour OVHcloud si on s'arrête là. D'abord, les devises diffèrent : OVHcloud facture en euros, AWS en dollars pour la plupart de ses grilles publiques, ce qui ajoute un risque de change que la PME supporte. Ensuite et surtout, une instance n'est pas un service managé : comparer un serveur virtuel à un serveur virtuel ignore précisément ce pour quoi on paie AWS, à savoir la profondeur du catalogue autour de l'instance. Nous y venons.
Simulation sur 36 mois — 5 instances 2 vCPU/8 Go, 2 To de trafic sortant/mois, 1 To de stockage objet
| Poste | OVHcloud | AWS à la demande | AWS engagé 3 ans |
|---|---|---|---|
| Calcul (5 instances) | 186,90 €/mois | 429,25 $/mois | ≈ 249 $/mois |
| Trafic sortant (2 To) | 0 € | 175,32 $/mois | 175,32 $/mois |
| Stockage objet (1 To) | 7,17 €/mois | ≈ 24,60 $/mois | ≈ 24,60 $/mois |
| Total 36 mois | ≈ 6 987 € | ≈ 22 649 $ | ≈ 16 160 $ |
Soit un rapport de 3,2 pour 1 au tarif à la demande, ramené à 2,3 pour 1 si vous vous engagez sur trois ans chez AWS via un plan d'économies. L'écart est réel et massif — mais il porte sur une charge d'infrastructure brute. Il ne dit rien de ce que vous auriez construit avec les services managés d'AWS, ni du temps d'ingénierie que vous aurez à payer chez OVHcloud pour obtenir l'équivalent. C'est exactement le piège des comparatifs de prix : ils comparent la matière première, pas le plat fini.
Notez enfin que le cloud souverain européen d'AWS se paie environ 10 à 17 % plus cher que les régions AWS standard, avec un consensus autour de +15 %. Si vous partez chez AWS pour la souveraineté, ajoutez cette prime au calcul ci-dessus. Sur la maîtrise de ces postes, voir notre méthode d'audit de performance et d'optimisation de la facture cloud en 90 jours.
Souveraineté : ce n'est plus un argument marketing, c'est un catalogue public
C'est le point où les deux éditeurs vous racontent une histoire incomplète, et où une PME française se fait piéger dans les deux sens.
Le référentiel SecNumCloud 3.2 de l'ANSSI, publié en 2022, compte plus de 360 critères. Sa particularité, unique en Europe, est d'inclure des exigences d'immunité aux législations extraterritoriales — CLOUD Act américain, FISA. Ce n'est pas une certification qualité : c'est une qualification d'État, avec un catalogue public de prestataires qualifiés. En 2026, une douzaine d'offres y figurent, parmi lesquelles Outscale (Dassault Systèmes), OVHcloud, Cloud Temple, Oodrive, Orange Business, Worldline, S3NS, Cegedim, Index Education et Whaller.
Et depuis le décret n° 2026-272 du 14 avril 2026, pris en application de la loi SREN, cette qualification est devenue une obligation opposable pour l'État, ses opérateurs et six groupements d'intérêt public dès lors qu'ils traitent des données qualifiées de sensibles. Pourquoi une PME devrait-elle s'en soucier ? Parce que l'obligation ruisselle : si vous êtes prestataire, sous-traitant ou éditeur pour une administration, un opérateur public ou un grand donneur d'ordre soumis à cette doctrine, la question de l'hébergement de vos traitements finira dans leur cahier des charges.
Le double débunk — les deux camps vous induisent en erreur
Côté AWS : le lancement du cloud souverain européen, le 15 janvier 2026, est présenté comme la réponse à la souveraineté. C'est un investissement massif et sincère — plus de 7,8 milliards d'euros en Allemagne jusqu'en 2040, une région dédiée dans le Brandebourg, une structure juridique composée d'une société mère européenne et de trois filiales allemandes, une direction confiée à Stéphane Israël et Stefan Hoechbauer, un conseil consultatif comprenant deux membres européens indépendants, plus de 90 services au lancement, une exploitation assurée exclusivement par des résidents de l'Union. Mais cette offre n'est pas qualifiée SecNumCloud, et la raison est structurelle : l'ensemble reste détenu à 100 % par une société américaine. Aucune architecture juridique de filiales ne neutralise ce lien capitalistique au regard du référentiel de l'ANSSI.
Côté OVHcloud : l'erreur symétrique est de croire qu'être client d'OVHcloud vous rend « SecNumCloud ». Faux. La qualification SecNumCloud 3.2 d'OVHcloud porte sur ses offres Hosted Private Cloud, dans les datacenters de Roubaix, Strasbourg et Gravelines — un périmètre précis, revendiqué par une bonne centaine de clients. Le Public Cloud d'OVHcloud, celui dont nous avons donné les tarifs plus haut et que la plupart des PME consomment, n'est pas dans ce périmètre. Ce sont deux produits différents, à deux prix très différents.
La formulation juste, celle qu'il faut porter en comité de direction, est donc : « la souveraineté ne s'achète pas à la marque, elle s'achète à la ligne de commande. » Ce qui compte est le nom exact de l'offre souscrite et sa présence — ou non — au catalogue de l'ANSSI. Un client OVHcloud Public Cloud et un client AWS eu-west-3 sont, du point de vue de SecNumCloud, dans la même situation : aucun des deux n'est qualifié.
Ce raisonnement est le même que celui que nous avons appliqué aux suites bureautiques dans Google Workspace vs Microsoft 365 : les dispositifs de « frontière de données » européennes des éditeurs américains améliorent la résidence, sans résoudre la question juridique de fond.
CLOUD Act et article 48 du RGPD : ce qu'aucun contrat ne contourne
Le fond du problème est un conflit de lois, pas un défaut technique. Le CLOUD Act américain permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'une entreprise soumise à leur juridiction la communication de données qu'elle contrôle, quel que soit le lieu de stockage. L'article 48 du RGPD, lui, dispose qu'une décision d'une autorité d'un pays tiers exigeant un transfert n'est exécutoire que dans le cadre d'un accord international. Les deux textes se contredisent, et cette contradiction n'a jamais été tranchée.
Les critiques adressées au cloud souverain européen d'AWS portent précisément là. Pour Alexander Windbichler, dirigeant du fournisseur autrichien Anexia, tant que le contrôle capitalistique ultime reste hors de l'Union, il n'y a pas de solution. Florian Schweitzer, expert en sécurité cloud chez Certitude Consulting, considère l'offre comme demeurant fondamentalement exposée au CLOUD Act. Le député français Philippe Latombe a formulé la même objection sur la soumission au FISA et au CLOUD Act. Max Schrems, à l'origine des deux invalidations successives des cadres de transfert transatlantiques, résume la difficulté : il faudrait une modification du droit américain de la surveillance, et elle n'existe pas.
La lecture honnête est celle-ci : les engagements contractuels d'AWS — se défendre juridiquement, notifier le client, chiffrer les contenus de sorte qu'ils soient inexploitables sans les clés — sont réels et utiles. Ce sont des promesses de comportement, pas une immunité juridique. Le chiffrement à clés maîtrisées par le client est d'ailleurs la mesure la plus solide du lot, et elle est disponible chez les deux fournisseurs.
Il faut ajouter la symétrie qui manque toujours à ce débat : être hébergé en France ne dispense de rien en matière de RGPD. La base légale, la durée de conservation, les droits des personnes et la documentation restent à votre charge, chez OVHcloud comme chez AWS. Voir notre guide de conformité RGPD pour PME et la checklist associée.
Ce qu'AWS a et qu'OVHcloud n'a pas — dit franchement
Un comparatif qui ne dirait que du bien du fournisseur français serait inutile. L'écart de catalogue est massif et il a des conséquences très concrètes sur vos délais et votre masse salariale.
La profondeur des services managés. AWS propose plusieurs centaines de services ; le cloud souverain européen en offre plus de 90 à lui seul. Bases de données managées multi-moteurs, files de messages, orchestration serverless, entrepôts analytiques, catalogue d'IA managée : chacun de ces briques vous évite de recruter ou d'immobiliser un ingénieur. OVHcloud couvre l'essentiel — calcul, stockage objet, Kubernetes managé, bases managées, réseau privé — mais avec une profondeur moindre et un rythme de sorties plus lent.
L'écosystème. Le vivier de compétences AWS sur le marché du travail français est sans commune mesure, la documentation et les réponses communautaires aussi, et la quasi-totalité des éditeurs tiers valident leurs déploiements sur AWS en premier. Recruter un profil OVHcloud confirmé est nettement plus difficile — un point à intégrer dans votre plan de charge, au même titre que la gestion de la dette technique.
La couverture géographique. Si vous servez des utilisateurs hors d'Europe avec des exigences de latence, l'affaire est vite jugée.
À l'inverse, trois avantages d'OVHcloud sont sous-estimés : la lisibilité tarifaire — une facture OVHcloud se prévoit, une facture AWS s'audite —, la gratuité du trafic sortant déjà évoquée, et le fait de contracter en droit français avec un interlocuteur francophone, ce qui pèse plus qu'on ne le croit lors d'un incident.
Le critère de pérennité, honnêtement instruit
Nous appliquons ce critère à tous nos face-à-face, et il ne joue pas ici en faveur du champion national. OVHcloud a réalisé 289,6 M€ de chiffre d'affaires au troisième trimestre 2026, en hausse de 6,9 %, avec un cloud public en forte accélération à +20,2 % (65,6 M€, soit 22,7 % du groupe) et un objectif annuel de croissance organique de 5 à 7 %. C'est une trajectoire saine. Mais à l'échelle du marché européen, les fournisseurs européens pèsent ensemble environ 15 % face à 70 % pour les trois hyperscalers américains, et aucun acteur européen ne dépasse 2 % de part de marché locale. Traduction : le risque n'est pas la disparition d'OVHcloud, c'est l'écart d'investissement en recherche et développement qui se creuse année après année sur les services à forte valeur, singulièrement l'IA. À prendre en compte pour un socle prévu sur dix ans.
NIS2 : le calendrier français qui va rendre ce choix documentable
Dernier élément de contexte que les comparatifs américains ignorent totalement, et qui va peser sur les douze prochains mois : la transposition française de la directive NIS2.
Le gouvernement a présenté un projet de loi relatif à la résilience transposant simultanément NIS2, la directive REC sur la résilience des entités critiques et le règlement DORA pour le secteur financier. L'examen en séance est attendu en septembre 2026, les décrets et arrêtés d'application fin 2026, l'enregistrement des entités auprès de l'ANSSI dans la foulée, et les premiers contrôles ciblés en 2027. Le périmètre est sans commune mesure avec NIS1 : environ 15 000 entités dans 18 secteurs, contre quelque 500 opérateurs auparavant.
Deux outils existent déjà et méritent d'être utilisés maintenant : le Référentiel Cyber France (ReCyF), publié par l'ANSSI le 17 mars 2026, qui structure les obligations en quatre piliers — gouvernance, protection, défense, résilience — et les traduit en 20 objectifs de sécurité pour les entités essentielles et 15 pour les entités importantes ; et la plateforme MonEspaceNIS2, qui propose un simulateur d'éligibilité.
Le lien avec notre sujet est direct : NIS2 impose la maîtrise de la chaîne d'approvisionnement. Votre fournisseur d'hébergement en fait partie, et vous devrez documenter ce choix — localisation, engagements contractuels, plan de réversibilité, gestion des incidents. Autrement dit, l'arbitrage OVHcloud/AWS cessera d'être une préférence technique pour devenir une pièce de dossier. Pour préparer le terrain : le guide NIS2 pour PME, les entités concernées secteur par secteur et les mesures de sécurité obligatoires. Sur le volet architecture, voir aussi sécurité du cloud hybride et Zero Trust et sécurisation avancée de l'infrastructure cloud.
Quatre situations, quatre verdicts
Le bon niveau de décision n'est pas « quel est le meilleur cloud » mais « lequel pour quelle charge ». Voici les quatre cas que nous rencontrons le plus souvent en PME et ETI.
| Situation | Recommandation | Pourquoi |
|---|---|---|
| Hébergement web, applications métier internes, environnements de test, sauvegardes | OVHcloud | Charge prévisible, peu de services managés exotiques, trafic sortant potentiellement lourd. L'écart de prix est décisif et le catalogue suffit. |
| Produit SaaS en forte croissance, équipe réduite, besoin de serverless, d'analytique et d'IA managée | AWS | Le surcoût d'infrastructure est inférieur au coût des ingénieurs qu'il faudrait recruter pour reconstruire l'équivalent. |
| Données sensibles, marchés publics, sous-traitance d'un opérateur soumis à la doctrine de l'État | Une offre qualifiée SecNumCloud | Ni AWS eu-west-3 ni le Public Cloud d'OVHcloud ne répondent. Il faut viser explicitement une offre du catalogue ANSSI — Hosted Private Cloud chez OVHcloud, ou un autre qualifié. |
| Existant déjà sur AWS, facture qui dérive | Optimiser d'abord, migrer ensuite | Une remise à plat du dimensionnement et des engagements pluriannuels récupère souvent 20 à 40 %. Un déménagement complet coûte plus cher qu'il ne rapporte s'il n'est pas précédé de cet audit. |
Et une cinquième voie, la plus fréquente en pratique : la répartition assumée. Le socle prévisible et le trafic lourd chez OVHcloud, les briques managées différenciantes chez AWS, avec une frontière nette et documentée entre les deux. C'est plus exigeant à gouverner, mais c'est souvent l'optimum économique — à condition de ne pas laisser la frontière se brouiller. Voir cloud contre on-premise et les stratégies de cloud computing en entreprise.
Comment trancher en six étapes
1. Inventoriez vos charges de travail et qualifiez vos données. Séparez ce qui est sensible au sens de la doctrine de l'État de ce qui ne l'est pas. C'est cette qualification, et elle seule, qui déclenche ou non l'exigence SecNumCloud. Un audit du système d'information existant est le bon point de départ.
2. Mesurez votre trafic sortant réel, en gigaoctets par mois. C'est la variable qui fait basculer le calcul, et presque personne ne la connaît avant de la mesurer. En dessous de 500 Go par mois, elle est négligeable ; au-delà de 2 To, elle devient structurante.
3. Comptez les services managés que vous utilisez vraiment. Listez-les un par un et estimez, pour chacun, le nombre de jours-homme nécessaires pour l'exploiter vous-même. C'est la conversion honnête du surcoût AWS en équivalent salarial.
4. Demandez deux devis datés, à périmètre identique et dans la même devise. Exigez les prix engagés sur trois ans d'un côté comme de l'autre, et faites figurer explicitement le trafic sortant et le stockage. Ne comparez jamais un tarif à la demande à un tarif engagé.
5. Écrivez votre plan de réversibilité avant de signer. Puisque le coût juridique de la sortie tombera à zéro le 12 janvier 2027, le seul verrou restant est technique : notez, service par service, ce qu'il faudrait réécrire pour partir. Ce document est aussi une pièce attendue par NIS2.
6. Décidez charge par charge, pas en bloc. Le choix « tout chez l'un » n'est presque jamais l'optimum. Tranchez par famille de charges, documentez chaque arbitrage, et prévoyez une revue annuelle — les grilles et les qualifications bougent vite. Si le sujet dépasse vos ressources internes, c'est typiquement le périmètre d'un DSI externalisé.
Le verdict
Pour une PME française avec une charge prévisible, OVHcloud reste nettement moins cher, et cet avantage est plus durable qu'on ne le dit : la gratuité du trafic sortant porte sur le trafic opérationnel, que le Data Act ne supprimera pas. Le rapport observé sur notre simulation va de 2,3 à 3,2 pour 1.
Pour une entreprise qui construit un produit et manque d'ingénieurs, AWS reste le choix rationnel, et l'argument de l'enfermement qu'on lui oppose s'affaiblit mécaniquement au 12 janvier 2027, date à laquelle le changement de fournisseur devient gratuit par la loi.
Et sur la souveraineté, les deux discours commerciaux sont à corriger : le cloud souverain européen d'AWS, lancé le 15 janvier 2026, n'est pas qualifié SecNumCloud et ne peut pas l'être tant qu'il est détenu par une société américaine ; le Public Cloud d'OVHcloud ne l'est pas davantage, seule sa gamme Hosted Private Cloud l'est, sur trois datacenters. Si la souveraineté est une exigence réelle chez vous, elle se vérifie au catalogue de l'ANSSI, pas sur une page produit.
Ce comparatif ouvre notre série de face-à-face de la semaine consacrée aux outils où le pavillon de l'éditeur change le verdict. Vous pouvez aussi consulter nos autres duels : Microsoft Teams vs Slack, Notion vs Confluence, Sellsy vs Axonaut et Qonto vs Shine. Pour replacer ce choix dans une trajectoire d'ensemble : le guide complet de la transformation digitale des PME et son budget et ses aides.
Questions fréquentes
OVHcloud est-il vraiment moins cher qu'AWS ?
Oui, sur l'infrastructure brute. Sur notre simulation de cinq instances 2 vCPU/8 Go avec 2 To de trafic sortant mensuel sur 36 mois, le total ressort à environ 6 987 € chez OVHcloud contre environ 22 649 $ chez AWS au tarif à la demande, ou 16 160 $ avec un engagement de trois ans — un rapport de 2,3 à 3,2 pour 1. Cet écart porte sur des serveurs virtuels comparables ; il ne tient pas compte de la valeur des services managés d'AWS ni du temps d'ingénierie nécessaire pour les reconstruire ailleurs.
Le Data Act supprime-t-il les frais de sortie du cloud en 2027 ?
Partiellement, et c'est la confusion la plus répandue. Le règlement (UE) 2023/2854 rend le changement de fournisseur entièrement gratuit à partir du 12 janvier 2027 : c'est le péage de sortie qui disparaît. En revanche, il ne supprime pas le trafic sortant opérationnel — celui que vous générez au quotidien en servant vos utilisateurs. Cette facture-là reste due. Depuis le 12 janvier 2026, les pénalités de changement sont déjà interdites et les frais de migration limités aux coûts directs strictement nécessaires.
Le cloud souverain européen d'AWS est-il qualifié SecNumCloud ?
Non. Lancé le 15 janvier 2026 avec une première région dans le Brandebourg et un investissement annoncé de plus de 7,8 milliards d'euros, il apporte une résidence des données et une gouvernance européennes réelles, mais il ne figure pas au catalogue des prestataires qualifiés par l'ANSSI. L'obstacle est structurel : le référentiel SecNumCloud 3.2 exige une immunité aux législations extraterritoriales, incompatible avec une détention capitalistique à 100 % par une société américaine.
Être client d'OVHcloud suffit-il à être conforme SecNumCloud ?
Non, et c'est un contresens fréquent. La qualification SecNumCloud 3.2 d'OVHcloud porte sur ses offres Hosted Private Cloud dans les datacenters de Roubaix, Strasbourg et Gravelines. Le Public Cloud, celui que consomment la plupart des PME, n'est pas dans ce périmètre. La qualification s'apprécie au niveau de l'offre souscrite, pas de la marque du fournisseur.
Faut-il choisir un seul fournisseur ou répartir ses charges ?
Répartir est souvent l'optimum économique pour une PME ou une ETI : le socle prévisible et le trafic lourd chez le fournisseur le moins cher, les briques managées différenciantes chez l'hyperscaler. La condition est de tracer une frontière nette entre les deux et de la documenter, sinon la complexité de gouvernance annule le gain. Cette documentation sera de toute façon attendue au titre de la maîtrise de la chaîne d'approvisionnement exigée par NIS2.
Besoin d'un arbitrage indépendant ?
Choisir son hébergement engage une entreprise pour plusieurs années, et les deux fournisseurs disposent d'excellents commerciaux. Un regard extérieur, sans intérêt à la vente, permet de poser les bons chiffres : votre trafic sortant réel, la qualification de vos données, la valeur des services managés que vous utilisez réellement, et le coût de la réversibilité.
J'accompagne les PME et ETI sur ces arbitrages d'infrastructure, de l'audit à la négociation des devis. Vous pouvez me joindre au 06 18 85 20 10 pour en parler.