Le comparatif recopié partout oppose le prix carte de l'un au prix portefeuille de l'autre
Cherchez « Stripe ou PayPal » et vous tomberez toujours sur la même arithmétique : « Stripe, 1,5 % + 0,25 € ; PayPal, 2,90 % + 0,35 € ». Conclusion mécanique, reprise de comparatif en comparatif : PayPal coûte deux fois plus cher.
Les deux chiffres sont exacts. Leur mise en regard ne veut rien dire. Nous avons relevé les deux grilles le même jour, le 10 août 2026, directement sur les pages officielles des deux éditeurs — la page tarifaire de Stripe lue dans le rendu de la page, la grille française de PayPal lue dans les données de sa page Tarification pour les Marchands, et non dans des articles tiers.
Le 2,90 % + 0,35 € de PayPal est le prix du bouton PayPal, c'est-à-dire de son portefeuille : la ligne s'intitule « Toutes les autres transactions commerciales », dans la section « Tarification des transactions commerciales ».
Mais la même page publie une seconde grille, sous le titre « Services de paiement en ligne PayPal ». Quand PayPal encaisse une carte Visa ou Mastercard française via ses « Paiements par carte bancaire avancés » en structure tarifaire regroupée, le tarif affiché est de 1,20 % + 0,35 €. Soit un taux inférieur à celui de Stripe.
Autrement dit : le comparatif universel confronte le tarif d'acquisition de cartes de Stripe au tarif de portefeuille de PayPal. Ce sont deux produits différents. Et pendant ce temps, personne ne mentionne que Stripe applique deux taux et pas un seul : 1,5 % sur les cartes standard de l'Espace économique européen, mais 2,8 % sur les cartes « premium » du même espace.
Le verdict ne dépend donc pas du logo. Il dépend de deux variables qu'aucun comparatif ne pose : le montant de votre panier moyen et le type de carte que sort votre client. Nous allons calculer les deux seuils, et ils sont plus bas que ce que l'on imagine.
Ce que les deux grilles disent réellement
Voici les deux relevés du 10 août 2026, tels qu'ils figurent sur les pages des éditeurs. Commençons par Stripe, dont la tarification standard française est publiée intégralement, sans devis ni palier caché.
| Stripe — tarification standard | Périmètre | Tarif |
|---|---|---|
| Cartes standard EEE | Cartes de particuliers émises dans l'Espace économique européen | 1,5 % + 0,25 € |
| Cartes premium EEE | Cartes haut de gamme et cartes d'entreprise du même espace | 2,8 % + 0,25 € |
| Cartes britanniques | Cartes émises au Royaume-Uni | 2,5 % + 0,25 € |
| Cartes internationales | Cartes émises hors EEE et hors Royaume-Uni | 3,15 % + 0,25 € |
| Conversion de devises | S'ajoute au taux ci-dessus | + 2 % |
| Prélèvement SEPA | Par transaction | 0,35 € |
| Litige reçu | Par rétrofacturation reçue | 20,00 € |
| Réfutation manuelle d'un litige | Remboursée si le litige est gagné | 20,00 € |
| Paiement fractionné Klarna | Par transaction réussie | à partir de 4,99 % + 0,40 € |
Aucun frais d'installation, aucun abonnement mensuel : la page l'affirme explicitement. Le service anti-fraude Radar Lite, les liens de paiement, la page Checkout hébergée et l'optimisation des paiements sont inclus dans la tarification standard.
Passons à PayPal. Sa page française publie non pas une mais deux grilles distinctes, ce qui est précisément la source de la confusion générale.
| PayPal — grille France | Section de la page | Tarif |
|---|---|---|
| « Toutes les autres transactions commerciales » | Transactions commerciales (bouton PayPal) | 2,90 % + 0,35 € |
| Paiement par carte sans compte PayPal | Transactions commerciales | 1,20 % + 0,35 € |
| Paiements par carte avancés — regroupée | Services de paiement en ligne | 1,20 % + 0,35 € |
| Paiements par carte avancés — Interchange+ | Services de paiement en ligne | interchange + 1,20 % + 0,35 € |
| American Express | Services de paiement en ligne | 3,50 % |
| Solution hébergée — regroupée | Services de paiement en ligne | 2,30 % + frais fixes |
| Supplément international | Selon le marché de l'acheteur | EEE : aucun · Royaume-Uni : + 1,29 % · reste du monde : + 1,99 % |
| Prélèvement SEPA | Services de paiement en ligne | 0,35 € (0,40 € en règlement instantané) |
| Frais d'opposition bancaire | Autres frais | 16,00 € |
| Frais de résolution de litiges | Autres frais | 14,00 € (28,00 € en régime « volume élevé ») |
| PayPal Intégral Évolution | Abonnement | 25,00 € / mois |
Trois lectures s'imposent immédiatement.
Premièrement, l'écart entre les deux grilles PayPal va de un à deux et demi : 1,20 % sur la carte, 2,90 % sur le portefeuille. Citer le second en croyant décrire « le tarif de PayPal » revient à décrire le produit le plus cher de la maison.
Deuxièmement, le supplément international de PayPal est nul dans l'EEE. Un client allemand ou espagnol coûte exactement le même prix qu'un client français. Là encore, personne ne l'écrit.
Troisièmement, une honnêteté qui vaut d'être posée tout de suite : les « Paiements par carte bancaire avancés » sont désignés sur la page comme un service facultatif. Ni les critères d'éligibilité, ni un éventuel volume minimum ne sont publiés. Nous ne les inventerons pas. Nous en ferons plutôt une question à poser par écrit avant de signer — et l'absence de réponse est en soi une information.
L'arithmétique : deux droites qui se croisent, et le seuil est un panier moyen
Les deux tarifs ont la même forme — un pourcentage plus un montant fixe — mais les curseurs sont inversés. Stripe a un pourcentage plus élevé et un fixe plus bas ; PayPal, l'inverse. Deux droites de cette nature se croisent en un point unique, et ce point n'est ni un effectif ni un volume : c'est un montant de panier.
Posons l'égalité sur une carte standard de l'Espace économique européen :
0,015 × P + 0,25 = 0,012 × P + 0,35 → 0,003 × P = 0,10 → P = 33,33 €
En dessous de 33,33 € de panier moyen, Stripe est moins cher. Au-dessus, c'est PayPal en carte avancée qui l'est — l'exact contraire du consensus. Et la quasi-totalité du commerce en ligne français, hors micro-transactions, se situe au-dessus de ce seuil.
Refaisons le calcul avec une carte premium, c'est-à-dire notamment la carte d'entreprise que sort votre client professionnel :
0,028 × P + 0,25 = 0,012 × P + 0,35 → 0,016 × P = 0,10 → P = 6,25 €
Six euros vingt-cinq. Autant dire que dès qu'une carte d'entreprise se présente, l'écart bascule et ne revient jamais.
Traduisons en euros pour une PME qui encaisse 500 transactions par mois à 68 € de panier moyen, soit 34 000 € mensuels et 408 000 € annuels. Le seul paramètre qui change d'une ligne à l'autre est la part de cartes premium dans le mix.
| Scénario (500 transactions, 68 € de panier) | Stripe / mois | PayPal carte avancée / mois | Écart annuel |
|---|---|---|---|
| 100 % cartes standard EEE | 635 € | 583 € | 624 € en faveur de PayPal |
| 20 % de cartes premium | 723 € | 583 € | 1 685 € en faveur de PayPal |
| 50 % de cartes premium (profil B2B) | 856 € | 583 € | 3 276 € en faveur de PayPal |
| Rappel : bouton PayPal seul | — | 1 161 € | 6 312 € en faveur de Stripe |
Sur trois ans, le profil B2B représente 9 828 € d'écart pour un chiffre d'affaires encaissé identique. C'est le budget d'un poste d'outillage entier, décidé par une ligne de grille tarifaire que personne ne lit.
La réserve à écrire noir sur blanc, et elle est importante : la dernière ligne du tableau montre que la conclusion s'inverse totalement si le volume passe par le bouton PayPal. Or la plupart des marchands laissent les deux actifs côte à côte. Votre taux réel n'est donc ni 1,5 %, ni 1,2 %, ni 2,9 % : c'est une moyenne pondérée par deux mix. Le mix de moyens de paiement, que vos clients choisissent, et le mix de types de cartes, qu'ils choisissent aussi. Aucun des deux ne figure dans un comparatif.
Et il faut être symétriquement honnête sur l'autre camp : Stripe propose au-delà d'un certain volume une « offre personnalisée » avec tarification Interchange+ et remises sur volume. Le contenu de cette offre n'est pas publié non plus. Les deux éditeurs affichent leur prix d'entrée et négocient le reste en privé. C'est ce qui rend la comparaison publique structurellement partielle — et ce qui rend la demande de devis écrite obligatoire dans les deux cas.
Pourquoi la carte de votre client fixe votre prix : le plafond européen ne couvre pas les cartes d'affaires
La ligne « premium » de Stripe n'est pas un caprice commercial. Elle est la conséquence directe d'un texte européen que tous les comparatifs citent à moitié.
Le règlement (UE) 2015/751 du 29 avril 2015 plafonne les commissions d'interchange — la part reversée à la banque du porteur — à 0,2 % pour les cartes de débit de consommateurs (article 3) et 0,3 % pour les cartes de crédit de consommateurs (article 4). C'est ce plafond qui rend possible un tarif marchand à 1,2 ou 1,5 % en Europe, contre le double aux États-Unis.
Mais le texte pose deux limites que l'on oublie systématiquement de rappeler.
La première est à l'article 1er, paragraphe 1 : le règlement ne s'applique qu'aux opérations pour lesquelles « y soient situés à la fois le prestataire de services de paiement du payeur et le prestataire de services de paiement du bénéficiaire ». Une carte émise hors de l'Union est donc hors plafond. D'où les 3,15 % de Stripe et le supplément de 1,99 % de PayPal sur le reste du monde.
La seconde est à l'article 1er, paragraphe 3, point a), et c'est celle qui change tout pour une PME : « Le chapitre II ne s'applique pas : a) aux opérations effectuées au moyen de cartes d'affaires. » Le chapitre II, ce sont exactement les articles 3 et 4, c'est-à-dire les plafonds.
La définition figure à l'article 2, point 6 : la carte commerciale est « tout instrument de paiement lié à une carte, délivré à des entreprises, à des organismes publics ou à des personnes physiques exerçant une activité indépendante, dont l'utilisation est limitée aux frais professionnels ». Autrement dit : la carte de votre client professionnel, celle qui règle ses achats au nom de sa société.
Conséquence rarement formulée : plus votre clientèle est professionnelle, moins le plafond européen vous protège. Une boutique grand public bénéficie pleinement du règlement de 2015 ; un éditeur de logiciel qui vend à des PME encaisse majoritairement des cartes d'affaires, donc des transactions expressément exclues du plafonnement. Le prix de son encaissement est structurellement plus élevé, et cela n'a rien à voir avec le prestataire qu'il a choisi.
La formule tient en une phrase : vous ne choisissez pas votre taux de commission, vous choisissez la carte que sort votre client — et le règlement européen a décidé d'avance que celle de son entreprise coûterait plus cher.
Ce mécanisme explique aussi une convergence que le tableau des tarifs révèle et que le consensus ignore : hors de l'Espace économique européen, les deux prestataires se rejoignent presque au centième. Sur une carte britannique, PayPal facture 1,20 % + 1,29 % de supplément, soit 2,49 %, quand Stripe affiche 2,5 %. Sur une carte du reste du monde, PayPal atteint 3,19 % contre 3,15 % chez Stripe. L'écart entre les deux ne se joue donc que sur l'Europe. Dès que vous vendez hors zone, le choix du prestataire cesse d'être un sujet de coût.
Si vous facturez à des professionnels, cette mécanique se combine avec un autre chantier en cours : la généralisation de la facturation électronique, dont le calendrier et les obligations d'émission se croisent avec vos flux d'encaissement. Le rapprochement entre la facture et le paiement encaissé devient un sujet de conformité autant que de trésorerie, comme nous l'avons détaillé à propos du partage entre e-invoicing et e-reporting.
Le pavillon : deux entreprises américaines, deux entités européennes, et un statut de vos fonds identique
PayPal Holdings et Stripe, Inc. sont deux sociétés américaines. Le réflexe consiste à s'arrêter là et à conclure que le sujet de la souveraineté est réglé — ou perdu. Il mérite mieux, et l'examen des entités réserve une surprise.
Côté PayPal, votre contrat n'est pas signé avec la maison mère. Les conditions d'utilisation françaises désignent PayPal (Europe) S.à r.l. et Cie, S.C.A., RCS Luxembourg B 118 349, contrôlée par la Commission de Surveillance du Secteur Financier luxembourgeoise. Et ces mêmes conditions écrivent, sans détour : « PayPal est une banque (ou un "établissement de crédit" en langage juridique) dûment autorisée au Luxembourg. »
Côté Stripe, l'entité européenne est irlandaise : Stripe Technology Europe, Limited, agréée comme établissement de monnaie électronique par la Banque centrale d'Irlande sous la référence C187865, avec passeport européen en libre prestation de services.
À ce stade, tout comparatif rassurant conclurait que PayPal offre davantage de garanties, puisqu'il s'agit d'une banque et non d'un simple émetteur de monnaie électronique. C'est faux, et la preuve est dans les conditions de PayPal elles-mêmes, quelques paragraphes plus loin :
« L'argent que vous possédez sur votre compte ne vous rapportera aucun intérêt ni aucun autre type de bénéfice. En effet, l'argent sur votre compte est de la monnaie électronique et les lois en vigueur interdisent de payer des intérêts sur la monnaie électronique (par exemple, l'article 12 de la directive 2009/110/CE de l'Union européenne). »
Le passage est décisif. PayPal est bien un établissement de crédit, mais votre solde PayPal n'est pas un dépôt bancaire : c'est de la monnaie électronique. Et la monnaie électronique n'ouvre pas droit à la garantie des dépôts. Le solde d'un compte marchand PayPal n'est donc pas couvert à hauteur de 100 000 € comme le serait un compte bancaire d'entreprise. Il est protégé par un cantonnement des fonds, exactement comme chez Stripe.
Double débunk, donc. Contre le réflexe favorable à PayPal : le statut de banque ne vous apporte, en tant que marchand, aucune protection supplémentaire sur vos encaissements. Contre le réflexe défavorable à Stripe : le fait de n'être « qu'un » établissement de monnaie électronique ne place pas vos fonds dans une situation moins protégée que chez son concurrent bancaire. Les deux régimes aboutissent au même résultat pratique : vos fonds ne sont pas garantis, ils sont cantonnés.
Ce qui subsiste et doit être dit clairement : les deux groupes de tête étant américains, les deux restent dans le champ du CLOUD Act, indépendamment de la localisation des traitements et de l'entité contractante. C'est un critère de gouvernance, à ne pas confondre avec le statut prudentiel. Nous avions posé la même distinction à propos des hébergeurs dans notre face-à-face OVHcloud contre AWS : la nationalité de la marque ne dit presque rien, l'examen du contrat dit presque tout.
La conséquence opérationnelle est bien réelle côté données personnelles : coordonnées d'acheteurs, historiques d'achat, adresses de livraison transitent par ces plateformes, ce qui en fait des sous-traitants au sens du RGPD, avec les obligations d'article 28 qui vont avec — sujet que nous traitons en détail dans notre guide de conformité RGPD pour PME.
Pour prolonger la série de formules de nos derniers comparatifs : la souveraineté d'un hébergement se lit à la ligne de commande, celle d'une signature sur la liste de confiance, celle d'un ERP sur la licence. La souveraineté d'un encaissement, elle, se lit sur l'entité qui signe le contrat et sur le régime juridique de vos fonds — deux informations qui ne figurent jamais dans un tableau comparatif.
Ce qui survit à la relation : l'argent retenu et la protection qui s'arrête
Sur chaque comparatif d'outils, nous cherchons systématiquement ce qui continue après la fin du contrat. Dans le cas d'un prestataire de paiement, la réponse est plus concrète qu'ailleurs : ce n'est pas une obligation documentaire qui vous suit, c'est votre argent qui reste en arrière.
Les réserves. Les conditions de PayPal prévoient la possibilité de constituer une réserve « à tout moment si nous pensons que votre compte PayPal, vous-même, votre modèle d'entreprise ou vos transactions présentent un risque élevé ». Le texte décrit la réserve glissante comme le cas le plus courant et donne son propre exemple : « votre réserve peut être fixée à 10 % et suspendue sur une période glissante de 90 jours ». Traduit en trésorerie, cela signifie qu'un dixième de votre chiffre d'affaires encaissé peut rester indisponible pendant un trimestre glissant, sans que vous ayez rien fait d'illégal. Les mécanismes de réserve existent chez tous les acquéreurs, Stripe compris ; ce qui compte est de savoir qu'ils existent avant d'en avoir besoin.
La clôture. PayPal se réserve le droit de fermer votre compte « à notre entière discrétion moyennant un préavis de deux mois », délai conforme au régime européen des contrats-cadres de services de paiement. Deux mois, c'est court pour rebrancher un tunnel de paiement, migrer des abonnements récurrents et prévenir des clients. C'est la raison pour laquelle un second moyen d'encaissement, même dormant, relève de la continuité d'activité et non du confort.
Le coût des litiges, qui diverge réellement. C'est ici que les deux modèles se séparent nettement :
| Poste | Stripe | PayPal |
|---|---|---|
| Frais à la réception d'un litige | 20,00 € | 14,00 € (résolution de litiges, tarif France) |
| Régime aggravé | — | 28,00 € en « volume élevé », selon le ratio réclamations / ventes |
| Opposition bancaire | Incluse dans les frais de litige | 16,00 € |
| Frais de contestation | 20,00 €, remboursés si vous gagnez | Frais débités une fois la décision rendue |
| Assistance à la contestation | Smart Disputes : 30 % du montant contesté, uniquement en cas de victoire | Protection contre les oppositions : 0,59 % à 0,80 % par transaction |
Deux points méritent l'attention. D'abord, PayPal indexe le coût unitaire du litige sur votre taux de litige : le ratio réclamations/ventes d'un mois détermine le tarif applicable aux réclamations du mois suivant. Le poste devient donc plus cher précisément quand vous allez mal — mécanique classique de gestion du risque, mais dont l'effet sur une trésorerie tendue est brutal. Ensuite, le modèle de Stripe rembourse les frais de contestation en cas de victoire, ce que le barème de PayPal ne prévoit pas.
Et le fait que nous n'avons vu écrit nulle part ailleurs : la Protection des Marchands de PayPal s'arrête quand votre PME grandit. Ses conditions d'éligibilité sont explicites : « Si vous avez reçu plus de 100 000 € par mois sur votre compte PayPal au moins une fois sur une période de 6 mois consécutifs [...], vous n'êtes pas éligible à la Protection des Marchands PayPal. » La même exclusion frappe les marchands qui répercutent des frais sur l'usage de PayPal. Et l'éligibilité n'est réexaminée que deux fois par an, en octobre et en avril.
Le mécanisme est donc inversé par rapport aux obligations longues que nous rencontrons habituellement : ici, ce n'est pas une contrainte qui dure plus longtemps que le contrat, c'est une protection qui disparaît au moment précis où les montants en jeu deviennent significatifs. Un seul mois à 100 001 € sur six suffit à la faire tomber, et elle ne se rallume pas au trimestre suivant.
Ces retenues et ces frais impactent directement votre cycle d'encaissement. Si le sujet vous intéresse sous l'angle du compte professionnel qui les reçoit, notre comparatif Qonto contre Shine traite de l'autre bout de la chaîne, et notre face-à-face Sellsy contre Axonaut de l'outil qui émet la facture en amont.
Le point aveugle commun : ce qu'aucun des deux ne propose
Sur chaque duel, nous cherchons la fonction attendue que ni l'un ni l'autre ne remplit. C'est souvent l'angle le plus utile, précisément parce qu'il ne rentre pas dans un tableau à deux colonnes. Ici, il y en a deux.
Le premier est Wero. La solution paneuropéenne portée par l'European Payments Initiative revendique plus de 55 millions d'utilisateurs en Europe, dont une large majorité en France, et prépare son arrivée dans le commerce en ligne français pour la fin 2026, avant le paiement en magasin. Le groupe BPCE a réalisé les premières transactions e-commerce françaises et ouvre le service à ses marchands ; Air France, E.Leclerc, Veepee, Orange-Sosh ou l'École du Ski Français figurent parmi les enseignes engagées.
Or, au 10 août 2026, la page des moyens de paiement de Stripe ne mentionne pas Wero — elle liste bien iDEAL et Bancontact, ses équivalents néerlandais et belge, mais pas la solution française — et la grille tarifaire française de PayPal ne le mentionne pas davantage. Ce sont les acquéreurs européens et les groupes bancaires qui l'intègrent en premier. Si Wero prend en France la place qu'iDEAL occupe aux Pays-Bas, la question ne sera plus « Stripe ou PayPal » mais « lequel des deux aura branché Wero ». C'est une question à poser dès aujourd'hui à votre interlocuteur commercial, et à faire dater.
Le second angle mort est plus immédiat, et il ne coûte rien : le virement instantané. Le règlement (UE) 2024/886 impose depuis le 9 janvier 2025 que les frais d'envoi et de réception d'un virement instantané ne dépassent pas ceux d'un virement classique, et, pour les prestataires de la zone euro, l'obligation d'émettre des virements instantanés s'applique depuis le 9 octobre 2025. S'y ajoute la vérification gratuite de la concordance entre le nom du bénéficiaire et l'IBAN.
Conséquence directe pour une PME qui facture à des professionnels : sur une facture de 5 000 €, une carte coûte entre 60 € et 145 € de commission, et un virement instantané coûte le prix d'un virement ordinaire, c'est-à-dire souvent zéro. Le débat Stripe contre PayPal n'a tout simplement pas lieu d'être sur ce flux-là. Il ne concerne que les paiements où la carte est nécessaire — parce que le client est un particulier, parce que l'achat est immédiat, ou parce qu'il faut sécuriser une réservation.
Formulé autrement : avant de choisir entre deux passerelles, vérifiez quelle part de votre chiffre d'affaires n'aurait jamais dû passer par une carte. C'est le seul arbitrage de cette page qui peut faire économiser plusieurs points de marge d'un coup.
Verdict par profil
Aucun des deux ne gagne dans l'absolu. Le départage dépend de trois paramètres, dans cet ordre : votre panier moyen, la nature de votre clientèle et votre besoin de conversion.
| Profil | Recommandation | Raison décisive |
|---|---|---|
| Panier moyen inférieur à 33 €, clientèle de particuliers | Stripe | Le fixe de 0,25 € pèse moins que celui de 0,35 € |
| Panier moyen élevé, clientèle grand public | Carte via PayPal, bouton PayPal en complément | 1,20 % contre 1,5 %, sous réserve d'éligibilité au service avancé |
| Vente B2B, cartes d'entreprise fréquentes | PayPal en carte avancée, et virement instantané dès que possible | Les cartes d'affaires sont hors plafond d'interchange : 2,8 % chez Stripe |
| Abonnements, facturation récurrente, forte intégration technique | Stripe | Profondeur de l'API, gestion native des abonnements et de la relance |
| Vente hors Europe majoritaire | Indifférent sur le coût | 2,49 % contre 2,5 % au Royaume-Uni, 3,19 % contre 3,15 % ailleurs |
| Marchand encaissant plus de 100 000 € par mois | Négocier, et ne pas compter sur la protection vendeur PayPal | Seuil d'exclusion explicite du programme de Protection des Marchands |
Une remarque de méthode pour finir. Dans la quasi-totalité des cas réels que nous rencontrons, la bonne réponse n'est pas « l'un ou l'autre » mais « les deux, avec un routage » : le bouton PayPal pour la conversion, l'acquisition carte chez le prestataire le moins cher sur votre mix, le virement instantané pour les montants élevés. Le surcoût d'intégration est réel, le gain de marge et la continuité d'activité le sont aussi.
Ce choix s'inscrit dans une pile technique plus large : le prestataire de paiement se branche sur votre boutique, et le choix de celle-ci pèse tout aussi lourd — sujet que nous avons traité dans notre comparatif des plateformes e-commerce pour PME. Il se connecte ensuite à votre comptabilité, où le rapprochement automatique des encaissements fait gagner des heures, comme nous l'analysions dans Pennylane contre Tiime, et à votre chaîne de facturation, dont le choix de logiciel et de plateforme agréée conditionne la conformité. Pour situer l'ensemble dans un budget, notre analyse du coût de la transformation digitale d'une PME donne les ordres de grandeur.
Comment trancher pour votre entreprise
La démarche tient en sept étapes, réalisables en une demi-journée avec un export de vos transactions des douze derniers mois.
- Calculez votre panier moyen réel, pas celui de votre plan d'affaires. Comparez-le au seuil de 33,33 € sur carte standard, et de 6,25 € sur carte d'entreprise.
- Mesurez la part de cartes d'affaires dans vos encaissements. Votre prestataire actuel peut la sortir. C'est la variable la plus discriminante et la moins regardée.
- Séparez ce qui doit passer par une carte de ce qui peut passer par un virement instantané, désormais gratuit ou quasi gratuit pour vos clients professionnels.
- Demandez par écrit les conditions d'accès au tarif carte de PayPal, faute de critères publiés, et demandez à Stripe sa proposition Interchange+ avec remise sur volume. Comparez ensuite deux devis, pas deux pages web.
- Chiffrez votre coût de litige annuel à partir de votre taux de contestation historique, en intégrant le régime aggravé de PayPal et le remboursement conditionnel de Stripe.
- Vérifiez si vous franchissez le seuil de 100 000 € mensuels qui vous exclut de la Protection des Marchands PayPal, et ajustez votre couverture assurantielle en conséquence.
- Posez la question Wero et faites-la dater auprès des deux prestataires, puis conservez un second moyen d'encaissement opérationnel pour absorber une clôture de compte à deux mois de préavis.
Une dernière remarque, valable au-delà de ce duel : un prix affiché n'est pas un prix, c'est un prix pour un panier et pour un type de carte. C'est le seul enseignement de cette page qui restera vrai quand les grilles auront changé.
Un doute sur votre configuration, un arbitrage à sécuriser avant de rebrancher un tunnel de paiement ? Nous accompagnons les PME et ETI sur ces choix d'architecture. Contact direct au 06 18 85 20 10.