Le comparatif que tout le monde recopie repose sur une erreur de catégorie
Cherchez « Payfit vs Silae » et vous trouverez partout le même tableau : deux colonnes, deux logos, deux grilles tarifaires mises en regard, et une conclusion du type « Payfit pour les PME qui veulent l'autonomie, Silae pour celles qui passent par leur expert-comptable ».
Ce tableau a un défaut rédhibitoire : l'un des deux produits n'est pas en vente. Silae est distribué exclusivement par des cabinets d'expertise comptable et des cabinets de paie. Une PME ne peut pas souscrire Silae. Elle ne peut pas non plus en négocier le prix, ni le résilier, ni en changer la version. Elle peut seulement choisir un prestataire qui, lui, utilise Silae.
Mettre en regard « 20 € par collaborateur » (Payfit) et « 3 à 12 € par bulletin » (Silae) revient donc à comparer un prix de détail à un prix de gros. Les deux chiffres sont exacts. Leur mise en regard ne veut rien dire.
Le véritable arbitrage est ailleurs : produire votre paie en interne avec un outil, ou la confier à un cabinet qui la produit pour vous — avec l'outil de son choix. C'est un arbitrage de charge de travail, de délai et surtout de porteur de risque. Pas un arbitrage de fonctionnalités.
Cet article reprend le sujet sur cette base : les prix relevés à la source et non recopiés, l'équation qui donne le point d'indifférence réel, la crise tarifaire de 2024-2027 qui déstabilise tout l'écosystème des cabinets, ce que révèle l'actionnariat des deux éditeurs, et les trois obligations françaises que ce choix engage — dont une qui vous lie pour cinquante ans.
Le pavillon : les deux camps sont moins français qu'ils n'en ont l'air
Le récit dominant oppose « Silae, le logiciel historique des experts-comptables français » à « Payfit, la scale-up parisienne ». Les deux moitiés méritent d'être précisées, et la précision inverse l'intuition.
Silae appartient depuis le 8 juillet 2020 au fonds d'investissement américain Silver Lake, qui en a pris 100 % du capital pour une valorisation approchant les 600 millions d'euros. Les fondateurs sont restés impliqués, l'entreprise est restée à Aix-en-Provence, les données restent hébergées en France. Le logiciel le plus utilisé par la profession comptable française est donc, depuis six ans, la propriété d'un fonds technologique américain.
Payfit, à l'inverse, est une société française — cofondée par Firmin Zocchetto, environ 700 collaborateurs et 20 000 entreprises clientes en France, en Espagne et au Royaume-Uni, et une rentabilité annoncée en juillet 2026 après une décennie de croissance financée par le capital-risque (dont une série E de 254 M€ en janvier 2022 menée par General Atlantic, qui l'avait valorisée 1,82 Md€). Mais son infrastructure est mixte : les données clients sont hébergées dans l'Union européenne, réparties entre AWS (région de Francfort) et OVHcloud (France).
Il faut être précis sur ce que cela change — et sur ce que cela ne change pas.
Ce que cela ne change pas : ni l'un ni l'autre ne pose de problème de conformité au RGPD. Silver Lake est un actionnaire, pas un sous-traitant : la détention capitalistique n'ouvre aucun droit d'accès aux données, et l'hébergement de Silae n'a pas bougé. Côté Payfit, l'hébergement est intégralement européen et la liste des sous-traitants ultérieurs est publiée, conformément à l'article 28 du RGPD.
Ce que cela change : la trajectoire. Un éditeur détenu par un fonds de private equity est piloté sur une thèse de création de valeur à horizon de sortie, et cette thèse se traduit tôt ou tard en politique tarifaire et en stratégie d'intégration. C'est exactement ce qui s'est produit à partir de 2024 — et c'est le sujet de la section suivante. Le même critère de gouvernance que nous avions appliqué à Sellsy passée sous contrôle du groupe TeamSystem et à Shine absorbée par Ageras vaut ici, avec des conséquences beaucoup plus visibles.
Quant à l'infrastructure de Payfit, elle illustre un point que nous avons développé dans notre comparatif OVHcloud vs AWS : la souveraineté d'un logiciel ne se lit pas sur la nationalité de son éditeur, mais sur la localisation et le régime juridique de son infrastructure. Un éditeur français hébergé chez un hyperscaler américain en région européenne n'est pas dans la même situation qu'un éditeur français hébergé chez un opérateur européen — même si, dans les deux cas, les données ne quittent pas l'UE.
Le fait de 2026 qu'aucun comparatif ne mentionne : la crise tarifaire Silae
C'est l'élément le plus important de ce dossier, et il est absent de tous les comparatifs en ligne — parce qu'il ne concerne pas l'utilisateur final mais son prestataire. Or c'est l'utilisateur final qui paiera.
La position de Silae sur son marché est écrasante : environ 80 % du marché des logiciels de paie destinés aux cabinets d'expertise comptable, quelque 6 000 cabinets partenaires et de l'ordre de 7,5 millions de bulletins produits chaque mois. Dans la pratique, si votre paie est externalisée en France, la probabilité qu'elle passe par Silae est très élevée — même si le nom n'apparaît nulle part sur votre facture.
Le déroulé des faits. Fin août 2024, des rumeurs de révision tarifaire circulent dans la profession. Le 18 septembre 2024, l'IFEC (Institut français des experts-comptables et des commissaires aux comptes) adresse une lettre critique au dirigeant de Silae, Thomas Bourgeois. Le 30 septembre 2024, l'éditeur notifie ses clients par lettre recommandée d'une nouvelle grille applicable au 1er janvier 2025 : le prix par bulletin passe d'un ordre de grandeur de 2 à 3 € à environ 7 €, avec des hausses atteignant, selon les profils de dossiers, jusqu'à +300 %.
La réaction de la profession est d'une ampleur inhabituelle. Un sondage IFEC recueille 99,3 % de professionnels déçus ou en colère et 97,5 % favorables à une saisine de l'Autorité de la concurrence. Le sujet s'invite au Congrès des experts-comptables de Marseille (9-11 octobre 2024). Cécile de Saint Michel, alors présidente du Conseil national de l'Ordre — qui représente 22 000 professionnels —, monte au créneau. L'IFEC saisit l'Autorité de la concurrence, invoquant des faits susceptibles de constituer un abus de position dominante et des ventes forcées, et dénonçant « une stratégie de verrouillage par intégration verticale » : fermeture d'interfaces de programmation (API) et pousse d'offres tout-en-un. La question de la position dominante de Silae est même portée à l'Assemblée nationale (question écrite n° 1160). L'intégration verticale n'est pas une vue de l'esprit : Silae a racheté DSN+, isiRH et Jenji pour environ 70 M€.
Le 30 octobre 2024, Silae recule partiellement : suppression des coûts au dossier, offres spécifiques pour les dossiers de mise à disposition de personnel, accords pluriannuels avec remises. Surtout, la hausse est étalée sur trois exercices — par rapport aux tarifs qui avaient été notifiés, une baisse moyenne d'environ 44 % en 2025, puis 27 % supplémentaires en 2026, et 10 % en 2027 — avec un effort particulier en 2025 sur les dossiers de moins de dix salariés.
Pourquoi cela vous concerne directement. Un étalement n'est pas une annulation : la hausse se déploie précisément sur l'exercice en cours et le suivant. Votre cabinet subit une augmentation pluriannuelle du coût de son outil de production, sur une prestation dont la marge est structurellement mince. Il n'a que trois options : absorber, répercuter, ou changer d'outil. Les deux dernières vous concernent.
La question à poser à votre expert-comptable cette année, et que personne ne pense à poser : « Quel est votre outil de production de paie, et votre tarif par bulletin va-t-il évoluer en 2026 et 2027 ? » Une renégociation de contrat de paie qui ignore ce contexte se fait à l'aveugle. C'est aussi la meilleure fenêtre de négociation que vous ayez eue depuis des années : un cabinet qui envisage de migrer son parc a intérêt à sécuriser ses dossiers.
Les prix réels, relevés à la source
Les grilles citées dans les comparatifs sont presque toutes périmées ou tronquées. Voici les chiffres relevés directement sur la page d'offres de Payfit — dans les données structurées de la page elle-même, qui sont plus fiables que les accroches marketing.
Payfit facture selon deux composantes cumulatives : un abonnement mensuel fixe qui dépend de la tranche d'effectif, plus un prix par collaborateur qui dépend de l'offre.
| Effectif | Abonnement fixe | Paie | Paie avancée | RH+ |
|---|---|---|---|---|
| 0 à 3 | 49 €/mois | 20 €/collab. | 27 €/collab. | 30 €/collab. |
| 4 à 9 | 79 €/mois | 20 €/collab. | 27 €/collab. | 30 €/collab. |
| 10 à 15 | 99 €/mois | 20 €/collab. | 27 €/collab. | 30 €/collab. |
| 16 à 24 | 129 €/mois | 20 €/collab. | 27 €/collab. | 30 €/collab. |
| 25 et plus | Prix sur mesure — aucun tarif public | |||
Trois observations que les comparatifs omettent systématiquement.
1. Le « à partir de 69 € » affiché correspond à un seul salarié (49 € de socle + 20 €). Ce n'est pas un prix d'entrée de gamme, c'est le prix plancher structurel : personne ne paiera moins.
2. La grille publique s'arrête à 24 salariés. Au-delà, c'est un devis. Toute PME de 25 personnes ou plus qui lit un comparatif annonçant « Payfit à partir de X € » lit un chiffre qui ne la concerne pas. C'est précisément le segment où se situent la plupart des lecteurs de ce type d'article.
3. Des lignes s'ajoutent au socle : environ 29 €/mois par établissement supplémentaire (par SIRET), 3 €/collaborateur/mois pour le module Notes de frais, 59 à 99 €/mois pour les services de support premium, et des frais de mise en service facturés au cas par cas. Des promotions ponctuelles existent (une remise de 65 % sur une offre Starter était affichée lors de notre relevé) : elles ne doivent pas servir de base à un calcul sur trois ans.
Côté Silae, le prix que vous voyez cité — 3 à 12 € par bulletin selon le volume, les modules et le niveau d'accompagnement — n'est pas votre prix. C'est le tarif payé par le cabinet à l'éditeur, hors coût de production. Votre prix, c'est le forfait de votre prestataire. Le marché français de l'externalisation de la paie se situe en 2026 dans une fourchette de 15 à 40 € HT par bulletin : autour de 25 à 35 € chez un cabinet de proximité généraliste (bulletin, prélèvement à la source et DSN inclus), 15 à 30 € chez un cabinet spécialisé ou en ligne, avec un effet de volume marqué — une TPE de moins de dix salariés se situe fréquemment vers 30-40 €, une PME de cinquante collaborateurs négocie plutôt 15-20 €.
L'équation : à partir de quel tarif au bulletin l'internalisation devient-elle rentable ?
Les deux modèles ont des structures de coût opposées : Payfit combine un socle fixe et un coût marginal par tête ; un cabinet facture linéairement au bulletin. Deux structures différentes se croisent en un point, et ce point se calcule.
Pour un effectif n, le coût mensuel Payfit vaut socle(n) + 20n en offre Paie, et le coût du cabinet vaut p × n, où p est le prix au bulletin. L'égalité donne le tarif au bulletin à partir duquel le cabinet devient plus cher que l'internalisation :
p = 20 + socle(n) / n
| Effectif | Coût Payfit « Paie » | Point d'indifférence (offre Paie) | Point d'indifférence (RH+) |
|---|---|---|---|
| 5 salariés | 179 €/mois | 35,80 €/bulletin | 45,80 €/bulletin |
| 8 salariés | 239 €/mois | 29,88 €/bulletin | 39,88 €/bulletin |
| 10 salariés | 299 €/mois | 29,90 €/bulletin | 39,90 €/bulletin |
| 15 salariés | 399 €/mois | 26,60 €/bulletin | 36,60 €/bulletin |
| 20 salariés | 529 €/mois | 26,45 €/bulletin | 36,45 €/bulletin |
| 24 salariés | 609 €/mois | 25,38 €/bulletin | 35,38 €/bulletin |
Le résultat contredit le consensus. On lit partout que le logiciel de paie en ligne divise par deux ou trois le coût de l'externalisation. L'arithmétique dit autre chose : sur la grille publique, le point d'indifférence ne descend jamais sous 25 € par bulletin, et il monte à près de 36 € dès qu'on prend l'offre RH+. Autrement dit, Payfit n'est moins cher qu'un cabinet que si ce cabinet facture dans le haut de la fourchette du marché.
Et ce calcul est encore favorable à l'internalisation, puisqu'il compare un abonnement logiciel à une prestation humaine complète. Il faut ajouter, côté Payfit, le temps interne : collecte et saisie des variables, contrôle des bulletins, gestion des cas particuliers (soldes de tout compte, arrêts maladie, ruptures, primes exceptionnelles), veille conventionnelle. Comptez de l'ordre de 6 à 10 heures par mois pour une vingtaine de salariés, soit — à un coût chargé de 35 €/heure — entre 7 500 et 12 500 € sur trois ans. Une partie de ce travail existe aussi côté cabinet (il faut bien transmettre les variables), mais pas la totalité.
Sur 36 mois, pour 20 salariés, l'ordre de grandeur devient : Payfit offre Paie ≈ 19 044 € d'abonnement, auxquels s'ajoutent 7 500 à 12 500 € de temps interne, soit un total de l'ordre de 27 000 à 31 500 € ; un cabinet à 25 €/bulletin ≈ 18 000 €, plus un temps résiduel de transmission d'environ 3 000 €, soit 21 000 €. En offre RH+, l'abonnement Payfit seul atteint 26 244 € sur la même période.
Conclusion à retenir : le logiciel de paie en ligne n'est pas un choix d'économie, c'est un choix de contrôle et de délai. On paie généralement plus pour reprendre la main — obtenir un bulletin en quelques heures plutôt qu'en quelques jours, corriger soi-même, disposer des données RH en direct. C'est un bénéfice réel et souvent décisif. Mais le vendre comme une économie est une erreur d'analyse que la quasi-totalité des comparatifs commet. Nous appliquons ici la même méthode que dans notre comparatif Sellsy vs Axonaut, où l'équation entre un tarif par siège et un socle à sièges marginaux inversait également le verdict recopié partout.
Réserve de méthode : les fourchettes de prix de l'externalisation sont des ordres de grandeur de marché, pas un tarif opposable. Le seul chiffre solide est celui de votre devis. En revanche, la grille Payfit ci-dessus est publique et vérifiable, et l'équation, elle, ne dépend d'aucune estimation : demandez un devis au bulletin à votre cabinet, comparez-le à la colonne « point d'indifférence » correspondant à votre effectif, et vous avez votre réponse en trente secondes.
Ce que vous n'achetez dans aucun des deux cas : la responsabilité
C'est le critère le plus structurant du dossier, et il n'apparaît dans aucun tableau comparatif.
Premier principe, sans exception : l'employeur reste le débiteur légal des cotisations sociales. L'article L.242-1 du code de la sécurité sociale met à sa charge l'obligation de déclarer et de verser correctement les cotisations, indépendamment de toute défaillance technique de son système de paie. La Cour de cassation refuse à l'employeur de s'exonérer en invoquant un logiciel défectueux. En cas de contrôle, l'URSSAF ne connaît qu'un interlocuteur : l'entreprise. C'est elle qui règle le redressement, les majorations et les pénalités — quelle que soit l'origine de l'erreur.
Le sujet n'est pas théorique : un rapport de la Cour des comptes publié en 2019 estimait que les redressements URSSAF liés à des erreurs de paramétrage des logiciels de paie représentaient près de 15 % du montant total des redressements opérés chaque année.
Deuxième principe : le recours en aval, lui, n'est pas symétrique. Une fois le redressement payé, l'entreprise peut se retourner contre son prestataire. C'est là que les deux modèles divergent radicalement.
Un cabinet d'expertise comptable est inscrit à un Ordre, soumis à une déontologie et à une discipline professionnelle, et — c'est le point décisif — obligatoirement assuré en responsabilité civile professionnelle. L'article 17 de l'ordonnance n° 45-2138 du 19 septembre 1945 impose cette assurance pour « la totalité de leurs travaux et activités », et non plus seulement pour les travaux relevant du monopole comptable. Une erreur de paie imputable au cabinet ouvre donc un recours contre un professionnel identifié, assuré, et dont la responsabilité est appréciée à l'aune d'une obligation de diligence renforcée.
Un éditeur de logiciel, lui, est un fournisseur. La relation est régie par ses conditions générales, qui comportent classiquement des clauses de limitation de responsabilité — souvent plafonnées à un multiple des sommes versées — et une qualification de la prestation en obligation de moyens sur un outil que l'entreprise paramètre et valide elle-même.
Une précision importante, car elle est souvent mal comprise : l'établissement des bulletins de paie ne relève pas du monopole des experts-comptables. L'article 2 de l'ordonnance de 1945 réserve la tenue, la centralisation, l'ouverture, la clôture, l'arrêté et la révision des comptabilités — pas la production de bulletins, que les experts-comptables exercent à titre d'activité connexe. C'est précisément pour cette raison que des acteurs comme Payfit peuvent légalement exister et prospérer. La protection dont bénéficie une entreprise qui externalise ne vient donc pas d'un monopole légal : elle vient du statut de son prestataire. Nuance capitale — car un « cabinet de paie » non inscrit à l'Ordre n'offre pas les mêmes garanties qu'un cabinet d'expertise comptable, même s'il utilise exactement le même logiciel.
Formulation à retenir : Payfit vs Silae n'est pas un choix de logiciel, c'est un choix de porteur de risque. Internaliser la paie, c'est conserver le risque d'erreur en interne en échange d'autonomie et de vitesse. L'externaliser à un professionnel inscrit et assuré, c'est transférer une part de ce risque — jamais la dette elle-même, qui reste la vôtre, mais le recours qui permet d'en récupérer le montant.
Cet arbitrage n'a rien d'inédit pour un dirigeant : c'est exactement celui que nous décrivons pour la fonction informatique dans notre guide du DSI externalisé, et les critères contractuels à examiner sont de même nature que ceux détaillés dans choisir un DSI externalisé : critères et contrat. Dans les deux cas, la vraie question n'est pas « qui fait le travail » mais « qui répond du travail ».
Les trois échéances 2026-2027 qui doivent entrer dans votre grille
Changer d'outil ou de prestataire de paie en 2026 se fait dans un contexte réglementaire chargé. Trois échéances méritent d'être posées sur la table avant de signer.
1. Le bulletin de paie clarifié, reporté au 1er janvier 2027. Un arrêté du 11 août 2025 a repoussé d'un an — du 1er janvier 2026 au 1er janvier 2027 — l'obligation d'utiliser le modèle rénové du bulletin de paie. Ce modèle pérenne, utilisable à titre facultatif depuis le 1er juillet 2023, réorganise les rubriques dans un ordre unique, clarifie les libellés et intègre le montant net social. Jusqu'au 31 décembre 2026, le modèle dit « adapté » — l'ancien bulletin auquel on a simplement ajouté la ligne du montant net social — reste admis. Question à poser au fournisseur : le nouveau modèle est-il déjà disponible, et sa bascule est-elle incluse ou facturée ?
2. La réduction générale dégressive unique (RGDU), applicable depuis le 1er janvier 2026. Issue de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2025, elle fusionne l'ancienne réduction générale de cotisations patronales avec les taux réduits de cotisation maladie et d'allocations familiales, et s'applique aux rémunérations inférieures à 3 SMIC. La LFSS pour 2026 ajoute deux éléments : son article 20 conditionne le bénéfice des allègements généraux au respect de minima de branche au moins égaux au SMIC (à défaut, les allègements sont réduits), et son article 21 étend la déduction forfaitaire patronale sur les heures supplémentaires à tous les employeurs éligibles à la RGDU, en supprimant le seuil de 250 salariés. C'est le calcul de paie le plus sensible de l'année : une erreur de paramétrage s'y répète mécaniquement sur toute la masse salariale.
3. La norme DSN 2026 (NEODeS 2026.1), en production depuis le 21 janvier 2026. Le cahier technique renforce les contrôles sur les dispositifs d'exonération et sur le montant net social, afin de permettre à l'URSSAF de recalculer et de vérifier la réduction déclarée. À noter également : les indemnités journalières de sécurité sociale subrogées sont intégrées au montant net social mais restent exclues de la rémunération nette fiscale, et doivent désormais être déclarées en date de versement. Ce point génère des rejets de DSN chez les employeurs qui pratiquent la subrogation.
Ces trois chantiers ont un point commun : ce sont des mises à jour de moteur de paie. Elles sont fournies et appliquées par l'éditeur dans les deux modèles — c'est d'ailleurs l'argument central des solutions SaaS. La vraie différence n'est pas de savoir si la mise à jour arrive, mais qui vérifie qu'elle a été correctement appliquée à votre convention collective et à vos particularités. En interne, c'est vous. En cabinet, c'est un professionnel dont c'est le métier — et dont la responsabilité est engagée.
Le vrai verrou de la paie : l'obligation d'archivage à cinquante ans
Les comparatifs évoquent parfois les « frais de migration » comme coût de sortie. C'est passer à côté du seul engagement véritablement long de ce dossier.
L'article L.3243-2 du code du travail autorise la remise du bulletin de paie sous forme électronique, sauf opposition du salarié, « dans des conditions de nature à garantir l'intégrité, la disponibilité pendant une durée fixée par décret et la confidentialité des données ». L'article L.3243-4 impose par ailleurs à l'employeur de conserver un double des bulletins pendant cinq ans.
Mais la disponibilité des bulletins dématérialisés se compte autrement : l'employeur doit en garantir l'accès au salarié pendant cinquante ans à compter de leur émission, ou jusqu'à ce que le salarié atteigne l'âge de soixante-quinze ans. Cette obligation pèse sur l'employeur — pas sur l'éditeur, pas sur le coffre-fort numérique, pas sur le cabinet.
Conséquence pratique, rarement anticipée : le jour où vous résiliez, la question n'est pas « puis-je exporter mes données ? » mais « qui garantit, pendant les quatre à cinq décennies qui viennent, qu'un ancien salarié pourra récupérer son bulletin de mars 2026 ? ». Un export PDF sur un serveur de fichiers d'entreprise ne satisfait pas, à lui seul, aux exigences d'intégrité et de disponibilité.
Les trois questions à poser avant de signer, quel que soit le camp : (1) après résiliation, pendant combien de temps les bulletins restent-ils accessibles, et à quel coût ? (2) le coffre-fort numérique proposé est-il rattaché à mon contrat ou à celui du salarié — c'est-à-dire survit-il à mon départ ? (3) quel est le format d'export, et permet-il de reconstituer un bulletin opposable et non une simple copie d'écran ?
Le parallèle avec ce que nous avions établi sur le cloud dans OVHcloud vs AWS est frappant : dans les deux cas, le coût de sortie visible (les frais de transfert, les frais de migration) est le petit morceau, et l'engagement qui survit à la résiliation est le gros. On raisonne sur le péage et on oublie la route.
Le module RH n'est pas juridiquement neutre
L'écart de prix entre l'offre Paie (20 €/collaborateur) et l'offre RH+ (30 €) correspond à des fonctionnalités qui dépassent le bulletin : gestion des congés et absences, suivi du temps, notes de frais, entretiens, tableaux de bord d'effectifs. C'est l'argument commercial numéro un du modèle intégré. C'est aussi, en droit français, une charge de conformité que le modèle externalisé ne déclenche pas.
Dès lors qu'un outil permet le contrôle de l'activité des salariés — et le suivi du temps de travail en est l'exemple type —, l'article L.2312-38 du code du travail impose la consultation préalable du comité social et économique avant sa mise en œuvre, dans les entreprises d'au moins cinquante salariés. « Préalable » signifie avant le déploiement, pas après. Le défaut de consultation est constitutif du délit d'entrave.
S'y ajoutent, quel que soit l'effectif, l'information individuelle préalable des salariés (finalités du traitement, destinataires des données, droits d'accès et de rectification) et le principe de proportionnalité issu de la doctrine de la CNIL : un dispositif de suivi individuel n'est admissible que si l'objectif ne peut être atteint par un moyen moins intrusif. Les données de paie sont par ailleurs des données personnelles particulièrement sensibles au sens opérationnel — elles incluent le NIR, les coordonnées bancaires, les absences pour maladie —, ce qui justifie un traitement rigoureux au titre du RGPD et une vérification des points listés dans notre checklist de conformité RGPD. Les sanctions encourues ne sont pas théoriques.
Le tout-en-un n'est pas juridiquement neutre : vous achetez des obligations en même temps que des fonctionnalités. La recommandation n'est pas de renoncer au module RH, mais de séquencer : déployez d'abord le cœur de paie, faites-en la recette, puis activez les fonctions de suivi d'activité après consultation tracée du CSE et information des salariés. Un déploiement en une seule fois vous fait basculer dans le champ de L.2312-38 sans que personne, dans le projet, ne s'en soit aperçu.
Le modèle externalisé ne déclenche rien par défaut, pour une raison simple : c'est le cabinet qui produit le bulletin, et aucun outil de contrôle n'est déployé auprès de vos salariés. La donne change si vous ouvrez à vos équipes un portail RH en libre-service avec saisie des temps — auquel cas les mêmes obligations s'appliquent, avec le même point de vigilance. Ce raisonnement est celui que nous avions tenu pour monday.com vs Asana et pour le module RH intégré de Sellsy vs Axonaut : sur les outils qui mesurent l'activité des personnes, le droit social français est plus contraignant que tout ce que mentionnent les comparatifs anglo-saxons.
Tableau de synthèse : deux modèles, pas deux logiciels
| Critère | Payfit (internalisation) | Cabinet équipé de Silae (externalisation) |
|---|---|---|
| Accès | Souscription directe | Uniquement via un cabinet partenaire |
| Modèle tarifaire | Socle par tranche + 20 à 30 €/collaborateur | Forfait au bulletin (15 à 40 € HT selon profil) |
| Prix public au-delà de 24 salariés | Non — devis | Non — devis (effet de volume favorable) |
| Qui produit le bulletin | Vous | Le cabinet |
| Recours en cas d'erreur | CGV de l'éditeur, responsabilité plafonnée | RCP obligatoire du cabinet inscrit à l'Ordre |
| Dette URSSAF | Vous, sans exception | Vous, sans exception |
| Délai d'obtention d'un bulletin | Quelques heures, en autonomie | Dépend du cycle du cabinet |
| Charge interne | Élevée (saisie, contrôle, cas particuliers) | Transmission des variables |
| Actionnariat de l'éditeur | Société française, investisseurs internationaux | Silver Lake (fonds américain), 100 % depuis 2020 |
| Hébergement | UE — AWS Francfort et OVHcloud France | France |
| Risque tarifaire 2026-2027 | Grille publique, révisions ordinaires | Répercussion possible de la hausse éditeur |
| Déclenche L.2312-38 (CSE) | Oui si module RH avec suivi du temps | Non par défaut |
Verdict : qui doit choisir quoi
Internalisez avec un outil comme Payfit si vous avez une convention collective simple, peu de cas particuliers, et surtout une personne identifiée dont la gestion de paie fait partie de la fiche de poste — pas « quelqu'un qui s'en occupera ». Le bénéfice réel est le délai et l'autonomie : embaucher un vendredi et éditer le contrat et le bulletin dans la foulée, corriger une erreur sans attendre le retour du cabinet, disposer des données d'effectif en direct dans vos tableaux de bord. Le profil type est la PME en croissance rapide, avec des mouvements de personnel fréquents et une culture d'outillage interne — celle que nous décrivons dans notre panorama de la stack numérique PME.
Externalisez à un cabinet si votre convention collective est complexe (BTP, hôtellerie-restauration, transport, propreté, spectacle), si vous avez des dispositifs particuliers (intéressement, participation, forfait jours, travail de nuit, multi-établissements), si vous n'avez personne dont c'est le métier, ou si vous voulez un recours identifié et assuré en cas d'erreur. C'est aussi le choix de la continuité : un gestionnaire de paie interne qui part en congé maladie une semaine avant l'échéance est un problème que l'externalisation ne pose pas.
Le cas hybride, souvent le plus pertinent et rarement présenté : conserver l'expert-comptable sur la production de paie et la veille conventionnelle, et déployer un outil RH pour les congés, les absences et les notes de frais. Vous gardez le recours professionnel sur le point à risque et l'autonomie sur le reste. Attention toutefois à ne pas payer deux fois la même donnée, et à vérifier la qualité de l'interface entre les deux — un export mensuel manuel réintroduit précisément l'erreur de saisie que vous cherchiez à éliminer.
Ce qui ne doit pas déclencher la décision : le prix affiché. L'équation posée plus haut montre que l'écart est faible, incertain, et souvent défavorable à l'internalisation une fois le temps interne valorisé. Choisir un modèle de paie sur un différentiel de quelques centaines d'euros par an, quand une erreur de paramétrage de la réduction générale peut coûter dix fois cela en redressement, est une mauvaise allocation d'attention. Si vous conduisez ce chantier dans le cadre d'un projet plus large, les principes de conduite du changement et le cadrage budgétaire décrit dans coût de la transformation digitale d'une PME s'appliquent directement. Et si la paie doit s'articuler avec votre système de gestion, les points d'intégration sont ceux détaillés dans notre guide ERP pour PME et dans le guide de migration ERP cloud.
Un dernier mot sur le calendrier. La période 2026-2027 cumule la bascule du bulletin clarifié, la montée en charge de la RGDU et le déploiement de la nouvelle grille Silae chez les cabinets. C'est une mauvaise année pour subir, et une bonne année pour renégocier. Demandez un devis à jour, posez la question de l'outil de production à votre cabinet, et confrontez le chiffre au point d'indifférence de votre effectif.
Vous souhaitez arbitrer ce choix dans le cadre plus large de votre système d'information ? Nous accompagnons les PME et ETI sur ce type de décision — cadrage, appel d'offres, négociation, recette. Vous pouvez nous joindre au 06 18 85 20 10.
Questions fréquentes
Peut-on acheter Silae directement en tant qu'entreprise ?
Non. Silae est distribué exclusivement par des cabinets d'expertise comptable et des cabinets de paie partenaires. Une entreprise ne peut pas souscrire une licence en direct : elle choisit un prestataire qui, lui, utilise Silae comme outil de production. C'est la raison pour laquelle un comparatif « Payfit vs Silae » portant sur des grilles tarifaires est structurellement biaisé — il met en regard un prix de détail et un prix de gros.
Qui paie le redressement en cas d'erreur de paie ?
L'entreprise, dans tous les cas. L'article L.242-1 du code de la sécurité sociale fait de l'employeur le débiteur légal des cotisations, et la Cour de cassation refuse qu'il s'exonère en invoquant un logiciel défectueux. L'URSSAF ne connaît qu'un interlocuteur : vous. Le recours contre le prestataire n'intervient qu'ensuite, et son efficacité dépend du statut de celui-ci : un cabinet inscrit à l'Ordre est obligatoirement assuré en responsabilité civile professionnelle pour la totalité de ses travaux (article 17 de l'ordonnance du 19 septembre 1945), là où un éditeur de logiciel oppose des clauses de limitation de responsabilité.
Un logiciel de paie en ligne coûte-t-il moins cher qu'un expert-comptable ?
Rarement, contrairement à ce qu'affirment la plupart des comparatifs. Sur la grille publique de Payfit (abonnement fixe par tranche d'effectif plus 20 € par collaborateur en offre Paie), le point d'indifférence se situe entre 25 et 36 € par bulletin selon l'effectif et l'offre retenue — c'est-à-dire dans le haut de la fourchette du marché français de l'externalisation, qui va de 15 à 40 € HT. Et ce calcul ignore encore le temps interne de saisie et de contrôle, qui représente 6 à 10 heures par mois pour une vingtaine de salariés. L'internalisation s'achète pour l'autonomie et le délai, pas pour l'économie.
Pourquoi le tarif de mon expert-comptable pour la paie augmente-t-il en 2026 ?
Très probablement à cause de la révision tarifaire de Silae, qui équipe environ 80 % des cabinets français. Notifiée le 30 septembre 2024 avec des hausses atteignant +300 % selon les profils, elle a provoqué une mobilisation de la profession et une saisine de l'Autorité de la concurrence par l'IFEC pour abus de position dominante présumé. Silae a consenti à étaler l'augmentation sur 2025, 2026 et 2027, avec des baisses successives par rapport aux tarifs annoncés. L'étalement signifie que la hausse se déploie précisément sur l'exercice en cours et le suivant. Demandez à votre cabinet quel outil il utilise et comment son tarif évoluera d'ici 2027.
Combien de temps faut-il conserver les bulletins de paie dématérialisés ?
L'employeur doit conserver un double des bulletins pendant cinq ans (article L.3243-4 du code du travail), mais lorsque le bulletin est remis sous forme électronique, il doit en garantir la disponibilité au salarié pendant cinquante ans à compter de l'émission, ou jusqu'aux soixante-quinze ans du salarié. Cette obligation pèse sur l'employeur, pas sur l'éditeur ni sur le cabinet. Avant de signer ou de résilier, vérifiez explicitement combien de temps les bulletins restent accessibles après la fin du contrat, si le coffre-fort numérique est rattaché au salarié ou à votre abonnement, et quel format d'export est fourni.