Le comparatif que vous avez lu ailleurs a un an de retard
Cherchez « Dolibarr vs Odoo » et vous trouverez partout la même histoire : « Dolibarr, l'ERP open source français, gratuit, idéal pour les petits budgets ; Odoo, plus puissant et plus beau, mais payant et propriétaire ». Ce récit n'est pas exactement faux. Il est simplement construit sur des critères qui, en France, ne sont plus les bons depuis 2026.
Trois faits vérifiables suffisent à le démonter, et aucun des trois n'apparaît dans les comparatifs en ligne.
Premièrement, l'un des deux est inscrit au registre fiscal français, l'autre non. Odoo est immatriculée Plateforme Agréée par la DGFiP depuis le 15 avril 2026. Dolibarr ne figure sur aucune des deux listes officielles. Ce n'est pas un défaut de Dolibarr — nous verrons pourquoi c'était structurellement impossible — mais cela change la façon de compter.
Deuxièmement, le coût réel du « gratuit » ne dépend pas du tout de ce que disent les tableaux. Le poste que tout le monde présente comme la nouvelle taxe du libre — l'abonnement à une plateforme agréée — est en pratique proche de zéro. Le vrai surcoût est ailleurs, et il obéit à une arithmétique qui inverse le conseil habituel.
Troisièmement, le logiciel de gestion libre a failli devenir hors-la-loi en France, et il a été sauvé six mois avant l'échéance par un article de la loi de finances 2026 voté en février. Des dizaines de pages en ligne annoncent encore la date qui est morte.
Reprenons chacun de ces points à la source, puis posons le seul calcul qui départage réellement ces deux ERP : à partir de combien d'utilisateurs le gratuit devient-il réellement moins cher ? La réponse est un nombre, et il n'est pas là où on l'attend.
Ce que dit le registre officiel de la DGFiP (et non les blogs)
La réforme de la facturation électronique impose une échéance immédiate : au 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir une facture électronique, les grandes entreprises et ETI devant en outre commencer à en émettre. L'obligation d'émission s'étend aux PME, TPE et micro-entreprises au 1er septembre 2027.
Pour cela, il faut être raccordé à une Plateforme Agréée (PA, l'appellation qui a remplacé « PDP »). L'État ne fournit pas de guichet gratuit universel pour l'ensemble des flux : le raccordement passe par un opérateur privé immatriculé.
Plutôt que de recopier les chiffres qui circulent, nous avons téléchargé les fichiers publiés par l'administration sur impots.gouv.fr et compté nous-mêmes. Au 5 août 2026, date de dernière modification des listes :
- 146 opérateurs figurent sur la liste principale des plateformes immatriculées (en attente du rapport d'audit) ;
- 18 opérateurs supplémentaires figurent sur la liste secondaire, en attente des tests d'interopérabilité.
Dans ce registre, Odoo apparaît nommément, avec une date de délivrance du numéro d'immatriculation au 15 avril 2026, et une adresse d'établissement principal au 40, chaussée de Namur, 1367 Grand-Rosière, Belgique. Dolibarr n'apparaît sur aucune des deux listes.
Et c'est parfaitement normal. C'est la nuance que tous les articles alarmistes escamotent, et elle est essentielle pour raisonner juste : l'immatriculation porte sur un opérateur de service, pas sur un logiciel. Elle suppose une personne morale identifiée, un audit, une responsabilité de transmission des données à l'administration fiscale et une continuité de service contractuelle. Un logiciel libre auto-hébergé, que chacun installe, modifie et exploite sur son propre serveur, ne peut par construction porter aucune de ces obligations. Dolibarr n'a pas échoué à être plateforme agréée : il n'avait pas vocation à l'être.
La conséquence pratique, en revanche, est bien réelle et se formule en une phrase : avec Odoo, l'ERP et la plateforme agréée sont un seul contrat ; avec Dolibarr, ce sont deux contrats. Reste à savoir combien coûte le second — et c'est là que la surprise arrive.
Si vous n'avez pas encore arbitré ce raccordement, notre guide sur comment choisir une plateforme agréée détaille les critères, et le calendrier complet de la réforme précise qui doit faire quoi et quand.
La facturation électronique ne coûte presque rien — des deux côtés
Voici le point où l'intuition trompe. On imagine volontiers que l'utilisateur de Dolibarr, privé de plateforme intégrée, va devoir souscrire un abonnement coûteux, tandis que l'utilisateur d'Odoo bénéficierait d'un avantage décisif. L'écart réel est très inférieur à cela.
Côté Odoo : la fonction de plateforme agréée est présentée comme incluse dans l'abonnement, sans surcoût d'activation ni facturation à la transaction, dès lors que celui-ci comprend la comptabilité. C'est un vrai argument commercial, et il est net.
Côté Dolibarr : le module officiel eInvoicing est disponible gratuitement sur le DoliStore depuis le 30 juillet 2026, compatible avec les versions 18 à 23 et au-delà. Deux plateformes agréées ont été testées avec Dolibarr par la communauté : EsaLink (immatriculée le 11 décembre 2025) et Super PDP (immatriculée le 22 décembre 2025) — toutes deux vérifiées présentes dans le registre officiel. Or Super PDP affiche un compte gratuit jusqu'à 1 000 factures par mois.
Mille factures par mois, c'est très au-delà du volume d'une PME ordinaire. Autrement dit : pour l'immense majorité des utilisateurs de Dolibarr, le coût de la plateforme agréée est nul. Le poste que les comparatifs annoncent comme la revanche du propriétaire sur le libre pèse, dans les faits, zéro euro.
Une réserve d'honnêteté, parce qu'elle est structurante. Odoo ne documente pas publiquement si sa qualité de plateforme agréée s'étend à une installation Community auto-hébergée. Les intégrateurs présentent l'inclusion comme liée à un abonnement comprenant la comptabilité, ce qui laisse fortement penser que la version gratuite d'Odoo n'y donne pas accès. Nous ne l'affirmons pas : nous n'avons pas trouvé de source éditeur qui le dise noir sur blanc. C'est exactement la question à poser par écrit avant de signer — et si la réponse est celle que nous supposons, alors l'Odoo gratuit se retrouve dans la même situation que Dolibarr, avec une plateforme tierce à contracter.
Notez au passage la logique générale, valable bien au-delà de ces deux produits : quand un éditeur inclut gratuitement une fonction réglementaire, il ne fait pas un cadeau, il ferme une porte de sortie. La conformité incluse est aussi un lien de plus qui vous rattache à l'abonnement.
Le fait de 2026 qu'aucun comparatif ne mentionne : le libre a failli devenir hors-la-loi
Voici l'épisode le plus important de l'année pour quiconque envisage un ERP libre en France, et il est absent de toutes les pages « Dolibarr vs Odoo » indexées à ce jour.
Le 3° bis du I de l'article 286 du Code général des impôts impose, depuis le 1er janvier 2018, aux assujettis à la TVA qui enregistrent les règlements de leurs clients au moyen d'un logiciel de caisse d'utiliser un logiciel satisfaisant à des conditions d'inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d'archivage. La sanction est de 7 500 € par logiciel non conforme, avec 60 jours pour se mettre en règle.
Historiquement, la conformité pouvait se prouver de deux façons : un certificat délivré par un organisme accrédité (NF525, LNE, Infocert), ou une attestation individuelle délivrée par l'éditeur.
L'article 43 de la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a supprimé la seconde possibilité. Seule la certification par organisme accrédité restait admise, et l'administration avait prorogé le délai d'obtention au 1er septembre 2026 — c'est-à-dire, au moment où nous écrivons, dans moins d'un mois.
Pourquoi c'était mortel pour le libre. Une certification par organisme accrédité est une procédure longue et coûteuse, engagée par un éditeur identifié, sur une version figée du produit. Elle suppose une question à laquelle un logiciel communautaire ne sait pas répondre : qui est l'éditeur ? L'association qui anime le projet ? La société de services qui a installé l'instance ? L'entreprise qui a modifié un module, comme la licence GPL l'y autorise expressément ? De nombreux acteurs économiques du logiciel libre ont dû engager une procédure de certification coûteuse ou envisager de modifier profondément leur modèle.
L'article 125 de la loi de finances pour 2026 a rétabli l'attestation individuelle de l'éditeur, modifiant les articles 286 et 1770 duodecies du CGI. La loi a été publiée au Journal officiel le 20 février 2026, pour une application au 21 février 2026. Ce rétablissement est l'aboutissement d'une année de mobilisation, menée notamment par l'April, association de promotion et de défense du logiciel libre, auditionnée par l'administration fiscale dès mars 2025.
Le périmètre exact, parce qu'il change tout — et parce que c'est précisément la vérification que personne ne fait. Cette obligation ne vise pas toutes les entreprises. Elle vise les assujettis à la TVA qui réalisent des livraisons de biens ou des prestations de services à des clients particuliers, non assujettis, et qui enregistrent les règlements au moyen d'un logiciel de caisse. Une PME qui facture exclusivement en B2B, avec paiement à échéance, n'entre pas dans le champ. Un commerce, un restaurant, un artisan encaissant des particuliers, oui.
Ce que vous devez en retirer, concrètement : si votre activité comporte de l'encaissement de particuliers et que vous avez lu, en 2025 ou début 2026, qu'il vous fallait impérativement un logiciel certifié par organisme accrédité au 1er septembre 2026, cette information est périmée. Elle reste pourtant affichée sur quantité de pages, y compris récentes. C'est un excellent test de fraîcheur : un comparatif d'ERP qui parle encore de cette échéance sans mentionner l'article 125 n'a pas été revérifié depuis l'hiver.
Deux modèles économiques opposés, et non deux produits comparables
Avant de comparer des prix, il faut vérifier que l'on compare des choses achetables de la même manière. Ce n'est pas le cas ici, et c'est la source de la plupart des raisonnements faux.
Dolibarr est un logiciel entièrement libre, sous licence GPL v3. Il n'existe pas de version payante bridée : la totalité du produit est disponible gratuitement. Le projet a été lancé par Rodolphe Quiédeville en avril 2002, repris comme développeur principal par Laurent Destailleur en juillet 2008, et il est animé par une association loi 1901 déclarée le 2 avril 2009. La version stable est la 23.0.2, publiée le 4 avril 2026. Ce que l'on paie, quand on paie, ce n'est jamais la licence : c'est l'hébergement, l'infogérance, des modules du DoliStore ou des prestations d'intégration.
Odoo suit un modèle open core. Une édition Community est libre sous LGPL v3 et auto-hébergeable, et une édition Enterprise, propriétaire et payante, ajoute des fonctions et des applications entières. La ligne de partage la plus lourde de conséquences pour une PME française concerne la comptabilité : l'édition Community permet la facturation, mais la comptabilité complète relève de l'Enterprise. Des modules communautaires de l'OCA comblent une partie de l'écart, au prix d'un travail d'intégration et d'une maintenance à votre charge.
Voici les grilles relevées le 6 août 2026 directement sur les pages tarifaires des deux éditeurs, et non recopiées d'un comparatif tiers.
| Offre | Prix affiché | Ce qui est inclus |
|---|---|---|
| Dolibarr — auto-hébergé | 0 € | Tout le logiciel, sans limite d'utilisateurs. Hébergement, sauvegardes et mises à jour à votre charge. |
| DoliCloud Basic | 14 € / utilisateur / mois | Tous les modules officiels, 4 Go, sauvegardes quotidiennes sur 30 jours, datacenter en France, sans engagement. |
| DoliCloud Premium | 30 € / mois + 15 € / utilisateur | 20 Go, 20 000 appels API, planificateur toutes les 30 min, support prioritaire, LTS 10 ans. |
| Odoo — Une App Gratuite | 0 € | Une seule application, utilisateurs illimités, sur Odoo Online uniquement. |
| Odoo Standard | 19,90 € / utilisateur / mois | Toutes les applications, sur Odoo Online. 24,90 € en facturation mensuelle. |
| Odoo Personnalisé | 29,90 € / utilisateur / mois | Ajoute Odoo Studio, le multi-sociétés, les API externes et le choix de l'hébergement, dont l'on-premise. 37,40 € en mensuel. |
Une asymétrie saute aux yeux et mérite d'être dite clairement : chez Odoo, l'auto-hébergement est l'offre la plus chère ; chez Dolibarr, c'est la moins chère. Héberger Odoo sur votre propre infrastructure suppose l'offre Personnalisé à 29,90 € par utilisateur et par mois, soit 50 % de plus que l'offre Standard hébergée par l'éditeur. C'est un choix commercial parfaitement défendable — il vise les entreprises qui ont des exigences d'intégration — mais il retourne complètement l'intuition selon laquelle « héberger soi-même, c'est économiser ».
Une remarque sur DoliCloud Premium, au passage, car elle illustre une règle utile : le socle de 30 € s'ajoute à un prix par siège supérieur à celui de l'offre Basic. Premium n'est donc jamais moins cher que Basic, à aucun effectif. Ce n'est pas une offre de volume, c'est une montée en gamme fonctionnelle. Quand un socle s'accompagne d'un prix unitaire plus élevé, il n'y a pas de point de bascule à chercher.
Le calcul qui inverse le conseil habituel : le gratuit coûte plus cher aux petits
Le conseil que l'on lit partout est : « Dolibarr pour les TPE et les petits budgets, Odoo quand on grandit ». L'arithmétique dit exactement l'inverse, et la démonstration tient en une ligne.
Le coût d'un Dolibarr auto-hébergé ne dépend pas du nombre d'utilisateurs : la licence est gratuite et sans limite de sièges, le serveur est le même pour cinq personnes ou pour trente. Le coût d'Odoo, lui, est strictement proportionnel au nombre d'utilisateurs. Une constante contre une droite : il existe donc un point d'intersection, et un seul.
Chiffrons le coût constant d'un Dolibarr auto-hébergé pour une PME, en restant volontairement réaliste plutôt que flatteur :
- serveur virtuel adapté à un ERP multi-utilisateurs : 25 € / mois ;
- sauvegardes externalisées et supervision : 10 € / mois ;
- infogérance — correctifs de sécurité, montées de version majeures, compatibilité des modules : 120 € / mois, soit l'équivalent d'environ trois heures mensuelles d'un prestataire ;
- plateforme agréée : 0 €, comme démontré plus haut ;
- licence : 0 €.
Soit 155 € par mois, quel que soit l'effectif. Face à Odoo Standard à 19,90 € par utilisateur et par mois, le point d'indifférence est immédiat :
155 ÷ 19,90 ≈ 7,8 utilisateurs
En dessous de huit utilisateurs, le Dolibarr « gratuit » auto-hébergé coûte plus cher qu'Odoo Standard. Le logiciel qu'on recommande aux petits budgets est précisément celui qui les dessert. Contre DoliCloud à 14 €, le seuil se situe vers onze utilisateurs : en dessous, l'hébergement mutualisé de l'éditeur revient moins cher que votre propre serveur.
| Coût sur 36 mois | 3 utilisateurs | 10 utilisateurs | 25 utilisateurs |
|---|---|---|---|
| Dolibarr auto-hébergé | 5 580 € | 5 580 € | 5 580 € |
| DoliCloud Basic | 1 512 € | 5 040 € | 12 600 € |
| Odoo Standard (annuel) | 2 149 € | 7 164 € | 17 910 € |
| Odoo Personnalisé (on-premise) | 3 229 € | 10 764 € | 26 910 € |
À vingt-cinq utilisateurs, l'écart devient structurel : 5 580 € contre 17 910 €, soit un rapport de plus de trois pour un — et près de cinq pour un face à l'offre on-premise d'Odoo. Ce n'est plus une économie, c'est un changement de catégorie.
D'où la formulation qui résume ce comparatif mieux qu'un tableau de fonctionnalités : le logiciel libre n'est pas moins cher parce qu'il est gratuit, il est moins cher parce que son coût ne se multiplie pas par le nombre de salariés. C'est un pari sur la croissance, pas une économie de démarrage. Une entreprise de quatre personnes qui choisit Dolibarr « pour ne rien payer » paiera davantage ; une entreprise de trente qui choisit Odoo « parce que c'est plus professionnel » achètera surtout une taxe par tête qui grossira à chaque recrutement.
Deux réserves, sans lesquelles ce calcul serait malhonnête. D'abord, il porte sur le coût de possession courant et exclut l'intégration : paramétrage, reprise de données, formation, développements spécifiques. Ce poste se chiffre en milliers d'euros dans les deux cas et domine souvent la première année — nous l'avons détaillé dans notre analyse du coût réel d'une migration ERP. Ensuite, les 120 € mensuels d'infogérance sont une hypothèse : une entreprise disposant d'une compétence technique interne les remplacera par du temps agent, ce qui déplace le seuil sans le supprimer. Refaites le calcul avec vos propres chiffres — c'est le seul qui compte.
Souveraineté : une association française contre une société belge à capital américain
C'est l'argument que l'on attend sur un duel « ERP français contre ERP belge ». Il mérite d'être traité, et surtout d'être dégonflé des deux côtés.
Premier constat, et il est rassurant : aucun des deux n'est soumis au CLOUD Act. Dolibarr est animé par une association de droit français ; Odoo est une société de droit belge, dont l'adresse figure au registre de la DGFiP. Les deux sont dans l'Union européenne. Sur le critère qui domine habituellement ces comparaisons — la juridiction d'accès aux données — il n'y a rien à départager. C'est suffisamment rare pour être souligné : dans la plupart des face-à-face logiciels, l'un des deux camps est américain.
Deuxième constat, moins confortable pour Odoo. Si la société est belge, son capital est très largement anglo-saxon. Odoo a levé 500 millions d'euros fin 2024 auprès de CapitalG (Alphabet), Sequoia et BlackRock, portant sa valorisation à 5 milliards d'euros, puis a atteint 8,6 milliards d'euros lors d'une transaction secondaire entre actionnaires, sans levée de capitaux nouveaux. Le fonds américain Summit Partners demeure le principal actionnaire institutionnel, avec une participation de l'ordre de 15 à 20 %.
Traitons-le honnêtement, comme nous l'avons fait pour d'autres éditeurs : un actionnaire n'est pas un sous-traitant. La composition du capital n'emporte aucune conséquence directe en matière de RGPD tant que l'hébergement et les sous-traitants restent européens. Ce qu'elle engage, c'est autre chose, et c'est ce dont une PME doit réellement se soucier : la trajectoire tarifaire et la feuille de route. Une valorisation de 8,6 milliards d'euros crée une exigence de croissance, et cette exigence se traduit tôt ou tard dans les grilles. Nous avons observé exactement ce mécanisme sur le marché de la paie, où le rachat d'un éditeur par un fonds a précédé une révision tarifaire brutale — un enchaînement détaillé dans notre comparatif Payfit vs Silae.
Troisième constat, moins confortable pour Dolibarr. Le revers d'une gouvernance associative, c'est l'absence des moyens d'un éditeur. Pas de force de vente, pas d'engagement de service contractuel émanant du projet lui-même, une feuille de route qui dépend d'une communauté et d'un écosystème de sociétés de services. Cela ne rend pas le produit fragile — il existe depuis plus de vingt ans et publie ses versions majeures avec régularité — mais cela déplace le risque : votre continuité ne repose pas sur le projet, elle repose sur votre prestataire. Le choix de ce prestataire mérite alors autant d'attention que le choix du logiciel.
La conclusion utile est ailleurs que dans les drapeaux. Avec un Dolibarr auto-hébergé sous GPL v3, vous détenez le code et la base de données ; aucune décision d'actionnaire, aucune évolution tarifaire, aucun changement de stratégie ne peut vous en priver. C'est cela, la souveraineté opérationnelle — et elle ne se lit ni sur la nationalité de l'éditeur, ni sur son actionnariat. La souveraineté ne se lit pas sur le pavillon de l'éditeur, elle se lit sur la licence et sur la question de savoir qui détient la base de données.
Si l'hébergement de votre instance fait partie de l'équation, notre comparatif OVHcloud vs AWS détaille les écarts de coût réels entre infrastructures, et notre dossier ERP cloud ou on-premise pose les critères d'arbitrage.
Ce qui survit à la résiliation, et qui coûte plus cher que la sortie
Il y a une question que les comparatifs d'ERP ne posent jamais, et qui engage pourtant votre entreprise bien plus longtemps que votre abonnement : que devez-vous conserver, et pendant combien de temps, après avoir cessé d'utiliser le logiciel ?
Les obligations sont précises. L'article L102 B du Livre des procédures fiscales impose la conservation des pièces justificatives pendant six ans. L'article L123-22 du Code de commerce porte à dix ans la conservation des documents comptables et des pièces justificatives. Ces durées ne sont pas alignées sur celle de votre contrat, et personne ne vous les rappellera le jour où vous changerez d'outil.
C'est sur ce terrain que l'écart entre les deux modèles est le plus net — et, pour une fois dans ce comparatif, il joue franchement en faveur du libre.
Avec un Dolibarr auto-hébergé, le coût de sortie est structurellement nul. La base de données est sur votre serveur, dans un format standard et documenté, et la licence GPL v3 vous garantit le droit permanent d'exécuter le logiciel qui sait la lire. Vous n'avez besoin de l'accord de personne, et aucune date d'expiration ne pèse sur votre accès à vos propres écritures.
Avec Odoo, la situation demande à être regardée de plus près. L'export des données est possible, et l'existence de l'édition Community sous LGPL v3 constitue un authentique filet de sécurité : le socle ne peut pas vous être retiré. Mais ce filet est plus étroit qu'il n'y paraît, pour la raison vue plus haut — la comptabilité complète relève de l'Enterprise. Une entreprise qui cesse de payer conserve donc sa base, mais perd les modules propriétaires qui l'exploitaient, et devra reconstruire cette couche avec des modules communautaires. Ce n'est ni impossible ni exceptionnel ; c'est simplement un projet, pas une case à cocher.
La réserve qui rétablit l'équilibre, et il faut la dire. Détenir sa base n'est pas la même chose que savoir l'exploiter. Une sauvegarde que personne dans l'entreprise ne sait restaurer n'est pas une réversibilité : c'est une réversibilité théorique, qui suppose de retrouver un prestataire, une version compatible et un environnement d'exécution. L'auto-hébergement transforme un risque contractuel en risque de compétence. Il ne le supprime pas — il le déplace vers un terrain où vous avez la main, ce qui est déjà beaucoup, à condition de l'assumer.
La règle générale, valable bien au-delà de ces deux produits : le coût de sortie visible est toujours le petit morceau ; l'obligation qui survit au contrat est le gros. Posez la question avant de signer, pas au moment de partir.
Sur le fond fonctionnel : ce que chacun fait réellement mieux
Une fois évacués les faux critères, restent les vraies différences de produit. Elles sont réelles, et elles ne vont pas toutes dans le même sens.
| Critère | Dolibarr | Odoo |
|---|---|---|
| Licence | GPL v3, produit intégralement libre | Open core : Community en LGPL v3, Enterprise propriétaire |
| Interface | Fonctionnelle et dense, esthétique en retrait | Moderne et soignée, avantage net |
| Périmètre fonctionnel | Gestion commerciale, achats, stocks, compta simplifiée, projets | Très large : e-commerce, marketing, MRP, point de vente, RH |
| Prérequis technique | PHP et MySQL, hébergement mutualisé suffisant | Python et PostgreSQL, infrastructure plus exigeante |
| Plateforme agréée | Non immatriculé — module eInvoicing + PA tierce | Immatriculée le 15 avril 2026, incluse à l'abonnement |
| Écosystème d'intégrateurs | Réseau français dense, tarifs modérés | Réseau international, tarifs plus élevés |
| Coût selon l'effectif | Constant en auto-hébergement | Proportionnel au nombre d'utilisateurs |
Le résumé le plus juste tient en une opposition : Dolibarr est un outil de gestion, Odoo est une plateforme d'entreprise. Si votre besoin est de facturer, suivre des clients, gérer des stocks et des achats, Dolibarr le fait bien et sans complexité inutile. Si votre besoin comprend un site marchand, une production industrielle, un point de vente ou une automatisation marketing dans un système unifié, Dolibarr vous demandera des modules tiers et de l'intégration là où Odoo propose un ensemble cohérent — et c'est ce que vous payez.
Pour élargir le champ, nos autres analyses situent Odoo dans son marché : Sage vs Odoo vs Cegid, Odoo vs SAP Business One et, côté relation client, Odoo CRM vs HubSpot. La question plus générale du libre en gestion est traitée dans CRM SaaS ou open source.
Verdict : qui doit choisir quoi
Choisissez Odoo si votre équipe compte moins de huit utilisateurs et que vous n'avez pas de compétence technique interne — le calcul montre que le libre auto-hébergé vous coûterait davantage ; si votre besoin dépasse la gestion commerciale et touche à l'e-commerce, à la production ou au point de vente ; ou si vous voulez que la conformité à la facturation électronique soit portée par le même contrat que l'ERP, sans plateforme tierce à sélectionner et à raccorder.
Choisissez Dolibarr si votre effectif dépasse une dizaine d'utilisateurs et croît — l'écart devient rapidement un rapport de trois à cinq pour un ; si vous disposez d'une compétence technique interne ou d'un prestataire de confiance ; si la maîtrise du code et de la base de données compte pour vous, notamment au regard des obligations de conservation de six à dix ans ; ou si votre périmètre reste celui de la gestion commerciale.
Dans les deux cas, deux vérifications avant de signer. D'une part, confirmez par écrit l'articulation avec la plateforme agréée : incluse ou non, dans quelles éditions, avec quelle limite de volume. D'autre part, si votre activité comporte de l'encaissement de particuliers, vérifiez la conformité au 3° bis du I de l'article 286 du CGI — l'attestation de l'éditeur redevenue valable en février 2026 suffit, mais elle doit exister et vous être remise.
Le choix d'un ERP ne se joue pas sur une grille de fonctionnalités, mais sur la structure de coût que vous acceptez pour les cinq prochaines années. Si vous souhaitez faire arbitrer ce choix par un regard extérieur, notre guide complet des ERP pour PME pose le cadre, et un DSI externalisé peut conduire la comparaison sur vos propres chiffres.
Questions fréquentes
Dolibarr est-il conforme à la facturation électronique 2026 ?
Oui, à condition de le raccorder à une plateforme agréée. Le module officiel eInvoicing est disponible gratuitement sur le DoliStore depuis le 30 juillet 2026 et fonctionne à partir de Dolibarr 18. Dolibarr prépare et pilote les factures, la plateforme agréée les transporte et les déclare à l'administration. Aucune version de Dolibarr ne dispense d'un contrat avec une plateforme agréée, car un logiciel libre auto-hébergé ne peut pas porter les obligations d'immatriculation et d'audit qui pèsent sur les opérateurs.
Odoo est-il vraiment gratuit ?
Partiellement. L'offre « Une App Gratuite » permet d'utiliser une seule application avec des utilisateurs illimités sur Odoo Online. L'édition Community, sous licence LGPL v3, est auto-hébergeable sans frais de licence, mais la comptabilité complète relève de l'édition Enterprise payante. Pour une PME française qui a besoin d'une comptabilité et de la facturation électronique, le scénario réellement gratuit est donc étroit.
À partir de combien d'utilisateurs Dolibarr devient-il moins cher qu'Odoo ?
Autour de huit utilisateurs. Le coût d'un Dolibarr auto-hébergé est constant, de l'ordre de 155 € par mois en incluant serveur, sauvegardes et infogérance, tandis qu'Odoo Standard coûte 19,90 € par utilisateur et par mois en facturation annuelle. En dessous de huit sièges, le libre auto-hébergé revient plus cher ; à vingt-cinq utilisateurs, l'écart atteint un rapport de plus de trois pour un sur trente-six mois. Ce calcul exclut l'intégration initiale, qui pèse dans les deux cas.
Faut-il un logiciel de caisse certifié en 2026 ?
Seulement si vous encaissez des clients particuliers non assujettis via un logiciel de caisse, conformément au 3° bis du I de l'article 286 du CGI. L'article 43 de la loi de finances 2025 avait supprimé l'attestation individuelle de l'éditeur, ne laissant que la certification par organisme accrédité au 1er septembre 2026, mais l'article 125 de la loi de finances 2026, publiée au Journal officiel le 20 février 2026, a rétabli cette attestation. La sanction reste de 7 500 € par logiciel non conforme, avec 60 jours pour régulariser.
Odoo étant belge, y a-t-il un risque de souveraineté ?
Non sur le plan juridictionnel : Odoo est une société de droit belge et Dolibarr est animé par une association française, donc aucun des deux n'est soumis au CLOUD Act américain. Le capital d'Odoo est en revanche largement anglo-saxon, avec Summit Partners comme principal actionnaire institutionnel entre 15 et 20 %, et CapitalG, Sequoia et BlackRock entrés fin 2024. Un actionnaire n'est pas un sous-traitant et cela n'emporte aucune conséquence RGPD, mais une valorisation de 8,6 milliards d'euros crée une exigence de croissance qui se traduit généralement dans la trajectoire tarifaire.