Le débat porte sur la conformité d'OpenAI. Votre risque juridique est ailleurs
Depuis l'ouverture européenne de la publicité dans ChatGPT, le 24 août 2026, la discussion se concentre sur une seule question : OpenAI a-t-il le droit d'afficher des annonces à des utilisateurs européens sans leur consentement ? La réponse est intéressante, elle est documentée, et nous la traitons intégralement plus bas. Mais elle a un défaut majeur pour un dirigeant de PME : c'est une question sur laquelle vous n'avez aucune prise et aucune responsabilité. Si la base légale retenue par OpenAI est contestée, c'est OpenAI qui sera poursuivi, pas vous.
La conformité qui vous engage commence de l'autre côté de l'annonce. Elle commence au moment où un visiteur clique et arrive sur votre site, où votre mesure se déclenche, où vos données partent vers un serveur américain. Là, vous n'êtes plus spectateur : vous êtes responsable de traitement, et l'autorité compétente est la CNIL.
Cet article a été écrit en lisant la documentation officielle d'OpenAI ligne à ligne — centre d'aide, politiques publicitaires, addendum de protection des données, documentation développeur du pixel et de l'interface de conversions. Il en ressort un constat que la presse française n'a pas relevé et qui devrait pourtant ouvrir toute discussion sur le sujet : installé exactement comme la documentation le décrit, le pixel de mesure d'OpenAI démarre avec le consentement positionné sur « oui ». C'est un réglage parfaitement légal aux États-Unis. En France, c'est précisément le manquement qui a coûté 150 millions d'euros à une enseigne l'an dernier.
Deux points de cadrage ne sont pas redémontrés ici. Ce qui change concrètement pour un annonceur français est traité dans notre article sur l'arrivée de ChatGPT Ads en France, et la grille tarifaire officielle dans combien coûte la publicité sur ChatGPT. Ici, on parle uniquement de droit et de mise en œuvre.
1. Deux conformités distinctes, et une seule vous concerne
La confusion vient de ce que l'expression « publicité dans ChatGPT » recouvre deux traitements de données sans aucun rapport juridique entre eux. Ils n'ont ni le même responsable, ni la même base légale, ni la même autorité de contrôle, ni le même risque. Les distinguer est le préalable à toute décision.
| Traitement | Qui est responsable | Base légale | Qui contrôle |
|---|---|---|---|
| Sélection et affichage de l'annonce dans ChatGPT | OpenAI seul | Intérêt légitime, annonces non personnalisées | Autorité chef de file, l'établissement européen étant en Irlande |
| Dépôt du pixel de mesure sur votre site | Vous | Consentement préalable, article 82 de la loi Informatique et Libertés | La CNIL, directement |
| Envoi de vos données de conversion à OpenAI | Vous, puis OpenAI en responsable indépendant | À déterminer par vous, et à documenter | La CNIL pour votre part du traitement |
| Contenu et ciblage de votre annonce | Vous, dans les limites fixées par OpenAI | Droit de la publicité et politiques de la plateforme | DGCCRF et ARPP, avec OpenAI en premier filtre |
Trois des quatre lignes vous désignent. La seule qui ne vous désigne pas est celle qui occupe la totalité de la couverture médiatique. C'est l'inversion qu'il faut corriger avant d'engager le moindre euro.
Ce déséquilibre n'est pas propre à ChatGPT : il se reproduit à chaque arrivée d'un canal publicitaire américain en Europe. Nous l'avons décrit dans le même esprit pour les régies existantes dans notre comparaison Google Ads et Meta Ads pour les PME, où la question du suivi des conversions se pose exactement dans les mêmes termes.
2. Ce que l'intérêt légitime autorise vraiment, côté OpenAI
Commençons par régler la question qui fait débat, puisqu'elle conditionne la suite. Deux affirmations contradictoires circulent dans la presse spécialisée : « OpenAI s'appuie sur l'intérêt légitime » et « OpenAI a fait le choix du consentement ». Les deux sont exactes. Elles ne portent simplement pas sur la même phase.
Au lancement, dans l'Espace économique européen et en Suisse, les annonces ne sont pas personnalisées. Le centre d'aide d'OpenAI l'écrit sans ambiguïté : les annonces personnalisées ne sont pas disponibles initialement dans l'Espace économique européen ni en Suisse. Une annonce non personnalisée, sélectionnée sur le contexte de la conversation en cours, relève d'un traitement pour lequel l'intérêt légitime peut être invoqué. La personnalisation, elle, viendra dans un second temps et supposera de demander explicitement l'accord des utilisateurs. Le premier camp décrit la phase actuelle, le second décrit la phase suivante.
Le tableau ci-dessous sépare ce qui est effectivement utilisé de ce qui ne l'est pas, tel que la documentation utilisateur le décrit.
| Signal | Utilisé en Europe au lancement | Commentaire |
|---|---|---|
| Sujet de la conversation en cours | Oui | C'est le socle de la sélection contextuelle |
| Localisation approximative et langue | Oui | Granularité large, sans adresse ni position précise |
| Historique des conversations passées | Non | Réservé à la personnalisation, non active en Europe |
| Mémoires enregistrées par ChatGPT | Non | Explicitement exclues du dispositif actuel |
| Interactions passées avec des annonces | Non | Masquer ou cliquer n'alimente pas la mémoire du modèle |
| Conversations en mode temporaire | Aucune annonce | Les discussions temporaires n'affichent pas de publicité |
Il faut le dire nettement, parce que c'est vrai et que cela va à contre-courant du réflexe critique : ce dispositif est, à ce stade, plus protecteur que la norme du marché publicitaire. Il n'y a pas de reciblage, pas de graphe d'intérêts constitué dans la durée, pas de revente de données. Les annonceurs ne reçoivent que des mesures agrégées — volume d'affichages, clics — et n'ont accès ni aux conversations, ni à l'historique, ni au nom, ni à l'adresse électronique, ni à l'adresse IP des utilisateurs.
Il faut aussi dire l'autre face, sans quoi l'analyse serait un plaidoyer. Le réglage de personnalisation change quelles publicités sont affichées, pas si elles le sont. La documentation est explicite : désactiver la personnalisation rend les annonces moins ciblées, mais ne les supprime pas. Seuls un abonnement payant sans publicité ou l'option gratuite dégradée — moins de messages, accès réduit à certains outils — font disparaître l'affichage. Un utilisateur qui croit « refuser la publicité » dans les réglages n'a pas refusé la publicité.
Deuxième nuance, sur laquelle personne n'insiste : OpenAI indique ne pas afficher d'annonces aux comptes identifiés comme appartenant à des personnes de moins de 18 ans, en s'appuyant sur l'âge déclaré et sur une prédiction d'âge fondée sur des signaux comportementaux — ancienneté du compte, horaires d'usage, sujets abordés. L'intention est protectrice et correspond à ce qu'exige le droit européen sur les mineurs. Mais la méthode employée pour l'atteindre est, en elle-même, un profilage. Protéger les mineurs de la publicité suppose ici de deviner qui est mineur. C'est une tension réelle du dispositif, pas une contradiction rédhibitoire, et elle mérite d'être posée plutôt qu'évitée.
Dernier élément à porter au crédit du dispositif : les annonces ne sont pas éligibles à proximité de sujets sensibles ou réglementés, notamment la santé physique, la santé mentale et la politique. La publicité politique est purement interdite. Ce point n'est pas cosmétique : il ferme d'emblée les usages qui posent le plus de difficultés au regard des catégories particulières de données.
3. Le DSA : ce qui s'applique déjà, et ce qui ne s'applique pas encore
Beaucoup d'articles affirment que ChatGPT « est soumis au règlement sur les services numériques ». C'est une déduction, pas un fait vérifié — et elle est fausse dans sa version forte.
Le régime le plus exigeant de ce règlement, celui qui impose notamment la tenue d'un registre public des publicités, l'audit indépendant annuel, l'évaluation des risques systémiques et l'accès des chercheurs agréés aux données, ne s'applique qu'aux très grandes plateformes et aux très grands moteurs de recherche formellement désignés par la Commission européenne. Au 26 août 2026, la liste officielle des services désignés, vérifiée directement sur le site de la Commission, ne comporte ni OpenAI ni ChatGPT. Les vingt fournisseurs qui y figurent ont été désignés entre avril 2023 et janvier 2026.
Ce n'est pas une situation stable. ChatGPT a très largement dépassé le seuil de 45 millions d'utilisateurs mensuels dans l'Union : la fonction de recherche de ChatGPT dépassait les 120 millions d'utilisateurs européens mensuels sur le semestre arrêté fin septembre 2025, et les chiffres publiés depuis sont plus élevés encore. Une désignation en tant que très grand moteur de recherche est attendue et discutée publiquement depuis plusieurs mois. Mais tant qu'elle n'est pas prononcée, les obligations correspondantes ne sont pas juridiquement exigibles.
Ce qui est en revanche déjà observable, c'est qu'OpenAI a mis en place, de sa propre initiative ou par anticipation, plusieurs mécanismes qui correspondent trait pour trait aux exigences de transparence publicitaire du règlement : les annonces sont clairement étiquetées comme sponsorisées, visuellement séparées de la réponse, et un menu « à propos de cette annonce » permet de savoir pourquoi elle est affichée. Le registre public des publicités, lui, n'existe pas.
Pour vous, la conséquence est concrète et un peu contre-intuitive. S'il existait un registre public des publicités, vos annonces y seraient consultables par vos concurrents, avec leur contenu et leurs paramètres de diffusion. C'est déjà le cas pour la publicité diffusée sur les grandes plateformes sociales, comme le savent tous ceux qui pratiquent la veille décrite dans notre article sur l'optimisation des campagnes Facebook Ads. Sur ChatGPT, ce n'est pas le cas aujourd'hui, mais une désignation ferait basculer cette situation en quelques mois. Toute stratégie créative qui reposerait sur la discrétion de vos campagnes a donc une durée de vie limitée, et il vaut mieux le savoir avant de la construire.
4. Le point le plus important de cet article : le pixel démarre avec le consentement activé
Nous arrivons au seul passage de cet article qui peut vous coûter de l'argent si vous l'ignorez.
Pour mesurer les conversions issues de vos annonces, OpenAI fournit un pixel de mesure : un script à insérer dans l'en-tête de vos pages. Ce pixel dépose un cookie propriétaire, déclenche automatiquement un événement d'affichage de page, et transmet ensuite les événements que vous configurez. Rien d'inhabituel jusque-là : Google et Meta fonctionnent sur le même principe.
La documentation développeur d'OpenAI décrit bien un mécanisme de consentement. Elle précise ensuite, en une phrase, comment il est initialisé : le pixel initialise le consentement à « vrai » par défaut, sauf si vous le positionnez explicitement à « faux » ou s'il trouve un refus déjà enregistré.
Autrement dit : copiez-collez le script tel qu'il est documenté, publiez, et le pixel mesure dès la première page vue — avant toute bannière, avant tout choix de l'internaute.
// Ordre correct pour un site accessible depuis la France
oaiq("consent", false); // AVANT l'initialisation
oaiq("init", { pixelId: "VOTRE-ID" });
// Puis, uniquement si l'utilisateur a accepté :
oaiq("consent", true);
Pourquoi est-ce grave en France et anodin aux États-Unis ? Parce que l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, qui transpose la directive vie privée et communications électroniques, exige un consentement préalable à toute écriture ou lecture d'information sur le terminal d'un internaute, dès lors qu'elle n'est pas strictement nécessaire au service demandé. Un cookie de mesure publicitaire n'est jamais strictement nécessaire. Le droit américain, lui, fonctionne majoritairement sur un principe de retrait a posteriori. Le réglage par défaut d'OpenAI est cohérent avec son marché d'origine, et non conforme au nôtre.
Ce n'est pas une extrapolation théorique. Le 1er septembre 2025, la CNIL a prononcé deux sanctions record sur ce fondement précis : 325 millions d'euros contre Google et 150 millions d'euros contre Shein. Le grief retenu contre Shein est exactement le scénario décrit ci-dessus : des cookies déposés dès l'arrivée sur le site, avant que l'internaute ait pu interagir avec le bandeau de consentement.
Un dernier point sur ce sujet, souvent mal compris. La sanction au titre de l'article 82 échappe au mécanisme du guichet unique européen. Concrètement, le fait qu'OpenAI ait son établissement européen en Irlande ne vous protège en rien : sur les traceurs déposés sur des terminaux situés en France, la CNIL est compétente directement, sans passer par une autorité chef de file. C'est d'ailleurs ainsi qu'elle a pu sanctionner des groupes américains dont l'établissement principal se trouvait ailleurs dans l'Union.
Le correctif tient en une ligne de code, il coûte quelques minutes, et il doit être fait avant la première impression. Si votre organisation n'a pas encore de cadre de gestion du consentement, la marche à suivre est décrite dans notre checklist de conformité RGPD pour PME, et les conséquences financières d'un manquement dans notre analyse des sanctions et de la responsabilité des dirigeants.
5. Aucun mode consentement : ce qu'OpenAI ne fournit pas encore
Les grandes régies ont toutes fini par construire un dispositif technique qui transporte le choix de l'internaute jusqu'à leurs serveurs. Google impose son mode consentement de deuxième génération à tout annonceur ciblant l'Espace économique européen depuis le 6 mars 2024. Meta propose un mécanisme d'usage limité des données. Ces dispositifs ne rendent pas un site conforme à eux seuls, mais ils donnent une structure : un vocabulaire de signaux, une intégration native avec les plateformes de gestion du consentement, une documentation dédiée à l'Europe.
OpenAI, à ce jour, fournit un interrupteur binaire et une phrase de responsabilisation. La documentation de l'interface serveur le dit sans détour : avant de collecter ou de transmettre le cookie, respectez les exigences de consentement applicables à votre site, et cessez de l'envoyer si l'utilisateur retire son accord. La totalité de la charge de conformité est renvoyée à l'annonceur, sans outillage.
| Dispositif | Meta | OpenAI | |
|---|---|---|---|
| Signal de consentement structuré | Oui, obligatoire pour l'Europe | Oui | Non |
| État par défaut avant tout réglage | Refus, à déclarer explicitement | Dépend de l'intégration | Consentement à vrai |
| Intégrations natives avec les gestionnaires de consentement | Nombreuses | Plusieurs | Aucune documentée |
| Documentation spécifique à l'Europe | Oui | Oui | Non |
| Nom du cookie à déclarer | Documenté | Documenté | Deux noms différents |
La dernière ligne mérite une explication, parce qu'elle a une conséquence pratique immédiate. Une politique de cookies conforme doit nommer les traceurs déposés. Or la documentation d'OpenAI ne donne pas le même nom selon la page consultée : la page consacrée au pixel de mesure décrit un cookie propriétaire nommé __oppref, tandis que la page consacrée à l'interface serveur de conversions parle d'une référence opaque de navigateur issue du cookie __obref. Les deux graphies figurent bien, telles quelles, dans la documentation officielle au 26 août 2026.
Ce n'est pas une coquille sans conséquence : c'est le nom que vous devez inscrire dans votre bandeau et dans votre politique de confidentialité. La bonne pratique consiste à ne pas croire la documentation sur parole et à relever soi-même, dans l'inspecteur du navigateur, les cookies effectivement déposés après installation. C'est vrai pour ChatGPT Ads comme pour n'importe quel traceur tiers, et c'est un réflexe qui fait la différence lors d'un contrôle.
6. Ce que vous envoyez réellement à OpenAI, champ par champ
La mesure des conversions ne se limite pas au pixel navigateur. OpenAI propose une interface serveur à serveur, présentée comme plus fiable parce qu'elle n'est affectée ni par les bloqueurs de publicité ni par les refus de traceurs. Cette phrase mérite d'être relue lentement : un canal présenté comme insensible aux refus de traceurs est aussi un canal qui contourne la mécanique par laquelle l'internaute exprime son choix, si vous ne recâblez pas ce choix vous-même côté serveur.
Voici ce que cette interface accepte, d'après la documentation développeur.
| Donnée transmise | Forme | Qualification RGPD |
|---|---|---|
| Adresse électronique | Empreinte SHA-256 | Donnée personnelle pseudonymisée |
| Numéro de téléphone | Empreinte SHA-256 | Donnée personnelle pseudonymisée |
| Nom et prénom | Empreinte SHA-256 | Donnée personnelle pseudonymisée |
| Identifiant client interne | Empreinte SHA-256 | Donnée personnelle pseudonymisée |
| Adresse IP | En clair | Donnée personnelle, sans discussion |
| Agent utilisateur du navigateur | En clair | Contribue à l'empreinte du terminal |
| Identifiant publicitaire mobile | En clair | Identifiant unique de terminal |
| Données géographiques | Chaînes brutes | Selon la granularité transmise |
Deux idées reçues tombent en lisant ce tableau.
Première idée reçue : « c'est haché, donc c'est anonyme ». Non. Une empreinte cryptographique d'adresse électronique reste une donnée personnelle au sens du RGPD : elle est stable, elle permet le rapprochement d'un même individu entre deux bases, et c'est précisément pour cela qu'elle est transmise. La pseudonymisation est une mesure de sécurité reconnue et utile — elle n'exonère de rien. Un traitement de données pseudonymisées reste un traitement de données personnelles, avec base légale, information et registre.
Seconde idée reçue : « le serveur à serveur, c'est plus discret ». C'est l'inverse. Trois champs partent en clair, dont l'adresse IP et l'identifiant publicitaire mobile, qui sont parmi les identifiants les plus directement rattachables à une personne. Une intégration serveur mal cadrée transmet donc davantage de données identifiantes qu'un pixel navigateur, tout en donnant l'impression inverse.
Le pixel dispose par ailleurs d'une fonction de correspondance avancée automatique, qui détecte les informations client présentes sur votre site, les hache dans le navigateur et les joint aux événements. La documentation précise qu'aucune information brute n'est envoyée par ce mécanisme, et c'est exact. Mais cela signifie que votre formulaire de commande peut alimenter la mesure sans que personne, chez vous, ait décidé champ par champ ce qui part. C'est typiquement le genre d'automatisme à cartographier avant activation, comme nous le recommandons pour toute chaîne de traitement automatisée dans notre guide sur la conformité RGPD des automatisations.
7. OpenAI n'est pas votre sous-traitant, et c'est écrit noir sur blanc
C'est l'erreur de qualification la plus probable, et la plus lourde de conséquences.
Par réflexe, une PME range tout prestataire technique dans la case « sous-traitant » : l'hébergeur, l'outil d'emailing, le CRM, la solution d'analyse d'audience. Elle signe un contrat au titre de l'article 28 du RGPD, l'archive, et considère le sujet clos. Appliquer ce réflexe à ChatGPT Ads serait une erreur.
OpenAI a publié un addendum de protection des données spécifique à ses outils publicitaires, entré en vigueur le 19 août 2026, cinq jours avant l'ouverture européenne. Son article premier est sans ambiguïté : sauf pour un périmètre restreint, chaque partie agit en tant que responsable de traitement indépendant pour les données personnelles traitées via ces outils. Le texte prend même la peine de fermer les portes de sortie : les parties ne sont ni responsables conjoints, ni responsables communs, ni sous-traitants l'une de l'autre.
L'exception concerne le rapprochement d'audiences, pour lequel OpenAI redevient sous-traitant et où l'addendum classique s'applique. Un même outil, deux régimes juridiques selon la fonctionnalité activée : c'est une subtilité qu'un contrat signé sans lecture ne fera pas apparaître.
| Si OpenAI était sous-traitant | Réalité : responsable indépendant |
|---|---|
| Il n'agirait que sur vos instructions documentées | Il traite pour ses propres finalités, dans les limites de ses conditions |
| Une ligne « sous-traitant » suffirait dans votre registre | C'est une communication de données à un tiers, à mentionner comme telle |
| Votre base légale couvrirait la chaîne | Vous garantissez contractuellement disposer de la base légale et avoir informé les personnes |
| Une opposition serait gérée par lui pour vous | Vous vous engagez à cesser de transmettre les données des personnes opposées |
Cette dernière ligne est un engagement opérationnel lourd et rarement anticipé. L'addendum prévoit que vous ne fournirez pas à OpenAI les données de personnes qui se sont opposées au traitement ou ont retiré leur consentement, lorsque le respect de ce choix impose d'arrêter la transmission. Traduit en langage de système d'information : votre base clients doit porter un indicateur d'opposition, et votre flux de conversions doit le lire avant chaque envoi. Si votre CRM et votre suivi publicitaire ne se parlent pas, cette clause est déjà non tenue le jour de la signature.
Le texte interdit également de transmettre des noms d'événements, d'audiences ou de paramètres qui révéleraient ou laisseraient deviner des catégories sensibles. Un événement de conversion nommé d'après une pathologie, une orientation ou une appartenance suffit à créer le manquement, même si aucune donnée sensible ne figure dans les champs eux-mêmes. C'est un point de vigilance très concret pour toute activité dont les gammes de produits sont parlantes.
Enfin, sur les transferts : les données de l'Espace économique européen et de la Suisse sont traitées par l'entité irlandaise d'OpenAI, qui s'engage à recourir à un mécanisme de transfert valide pour les transferts ultérieurs vers des pays n'offrant pas un niveau de protection adéquat. Cela ne dispense pas votre organisation d'inscrire ce transfert dans son registre et d'en documenter le fondement. Si cette cartographie n'est pas à jour chez vous, elle est le point de départ décrit dans notre guide de conformité RGPD pour les PME, et elle relève de la même discipline documentaire que celle qu'impose le règlement européen sur l'intelligence artificielle.
8. Avant même de parler RGPD : avez-vous le droit d'acheter ?
Il existe une question qui précède toutes les précédentes et que personne ne pose. La politique publicitaire d'OpenAI, dans sa version française mise à jour le 10 août 2026, restreint fortement les catégories éligibles pendant la phase de test. La lire prend dix minutes et évite de construire un plan média sur une activité qui n'a tout simplement pas le droit d'être promue.
Deux restrictions sont explicitement géographiques et frappent de plein fouet des secteurs très représentés dans le tissu économique français : les annonces pour des services de santé en dehors des États-Unis sont généralement interdites, et les annonces pour des services financiers en dehors des États-Unis sont généralement interdites. Les dérogations au cas par cas prévues pour les annonceurs approuvés sont, à la lecture du texte, réservées au marché américain.
| Activité | Statut au 26 août 2026 | Fondement |
|---|---|---|
| Artisan, commerce de proximité, services locaux | Éligible | Les services locaux figurent parmi les catégories ouvertes |
| Hôtellerie, tourisme, loisirs et expériences | Éligible | Catégorie voyages et divertissements ouverte |
| Éditeur de logiciel, formation, produits numériques | Éligible | Catégorie produits numériques et éducation ouverte |
| Équipement de la maison, biens de consommation | Éligible | Catégorie biens ménagers et de consommation ouverte |
| Cabinet dentaire, clinique, dispositif médical | Interdit | Services de santé hors États-Unis |
| Courtier, assurance, crédit, gestion de patrimoine | Interdit | Services financiers hors États-Unis |
| Avocat, conseil juridique, rédaction d'actes | Interdit | Services juridiques, sans exception géographique |
| Agence immobilière, cabinet de recrutement | Interdit sur l'annonce individuelle | Offres d'emploi et de logement individuelles prohibées |
| Caviste, brasserie, buraliste, opérateur de jeux | Interdit | Alcool, tabac, jeux d'argent |
| Association de plaidoyer, acteur politique | Interdit | Contenu politique et sujets de société controversés |
Une bonne nouvelle se cache dans ce tableau : les services locaux font partie des catégories ouvertes dès la phase de test. Le commerce de proximité, l'artisan, le prestataire de service à l'échelle d'une ville ne sont donc pas exclus du canal — ce qui rejoint les logiques d'acquisition décrites dans notre article sur la publicité locale omnicanale et dans notre guide du référencement local.
Un dernier chiffre, qui dit tout de la maturité du canal : cette politique publicitaire en est à sa cinquième version en six mois. Publication initiale en mars 2026, assouplissement des contextes de conseil réglementé en avril, ajout d'un chapitre sur les normes d'examen en mai, refonte des catégories santé et finance en juillet, clarification sur le logement et l'emploi en août.
Un plan média construit sur la version de mars serait déjà faux trois fois. Sur un canal aussi jeune, l'éligibilité n'est pas un acquis, c'est une donnée à revérifier à chaque cycle budgétaire — au même titre qu'un tarif ou qu'une audience. Et notez que la restriction qui vous concerne peut aussi bien s'ouvrir : l'entreprise interdite aujourd'hui a intérêt à surveiller la page, pas à l'oublier.
9. Le calendrier réel, et ce qu'il faut en faire
La page officielle de disponibilité du gestionnaire de campagnes, revérifiée le 26 août 2026, classe chaque pays en « disponible » ou « bientôt disponible ». Neuf pays sont ouverts : États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée, Mexique, Brésil. La France et l'intégralité des marchés européens, Suisse comprise, restent classés « bientôt disponible ».
Ce classement contient un enseignement que la couverture médiatique a manqué. Le Royaume-Uni est ouvert. Or le Royaume-Uni applique un régime de protection des données très proche du nôtre, hérité du RGPD, et une réglementation des traceurs équivalente. La ligne de partage n'est donc pas la protection des données : c'est l'appartenance à l'Union européenne et à son édifice réglementaire numérique — règlement sur les services numériques, règlement sur les marchés numériques, règlement sur l'intelligence artificielle. Ce n'est pas le RGPD seul qui retarde l'ouverture française, c'est l'empilement.
Ce retard vous donne quelque chose de rare : du temps, et une visibilité sur ce qui vous attend. Ceux qui l'emploieront à préparer la mesure plutôt qu'à recopier des taux sectoriels — dont nous avons montré dans notre bilan des six mois américains qu'ils ne reposent sur rien — seront prêts le jour de l'ouverture, sans précipitation ni improvisation juridique.
Voici l'ordre dans lequel s'y prendre.
- Vérifier l'éligibilité de votre activité sur la politique publicitaire en vigueur. Si vous relevez de la santé, de la finance ou du juridique, l'ensemble du sujet est reporté et rien d'autre n'est à faire.
- Décider de votre base légale pour la mesure côté site, et l'écrire. En pratique, pour un traceur publicitaire, c'est le consentement.
- Câbler le pixel dans le bon ordre : consentement à faux, puis initialisation, puis passage à vrai après acceptation. C'est la seule ligne de code qui vous expose réellement.
- Relever les cookies effectivement déposés dans l'inspecteur du navigateur et les déclarer sous leur vrai nom dans votre bandeau et votre politique de confidentialité.
- Cartographier les champs transmis, en particulier la correspondance avancée automatique et l'intégration serveur, et retirer tout ce qui n'est pas indispensable à la mesure.
- Qualifier OpenAI en destinataire tiers dans votre registre, et non en sous-traitant, en mentionnant le transfert et son fondement.
- Brancher l'indicateur d'opposition de votre base clients sur le flux de conversions, faute de quoi l'engagement contractuel pris auprès d'OpenAI n'est pas tenable.
Aucune de ces sept étapes ne dépend de l'ouverture du gestionnaire de campagnes. Toutes peuvent être faites maintenant, et elles servent également vos campagnes existantes : le chantier est le même que celui décrit dans notre guide de la cybersécurité en entreprise, à savoir la maîtrise documentée des flux de données sortants.
Ce qu'il faut retenir
Le dispositif européen mis en place par OpenAI est, au lancement, plus protecteur que la norme du marché publicitaire : annonces non personnalisées, pas de reciblage, historiques et mémoires exclus, aucune donnée vendue, sujets sensibles écartés, mineurs exclus de l'affichage. Sa contrepartie honnête est que le réglage de personnalisation ne supprime pas les annonces, et que l'exclusion des mineurs repose elle-même sur une forme de profilage.
Le régime le plus exigeant du règlement sur les services numériques ne s'applique pas encore à ChatGPT, qui ne figure pas sur la liste officielle des services désignés au 26 août 2026. Il s'appliquera probablement, et l'une de ses conséquences — la publication d'un registre des annonces — mérite d'être anticipée par tout annonceur.
Mais l'essentiel tient en une phrase. La conformité qui peut vous coûter de l'argent ne se joue pas dans ChatGPT, elle se joue sur votre site : dans l'ordre de trois lignes de code, dans le nom d'un cookie, dans une case de votre registre et dans un indicateur d'opposition de votre base clients. Les sanctions de septembre 2025 ont rappelé le prix de ces détails, et aucune d'elles ne portait sur une question philosophique de base légale.
Une dernière remarque, qui prépare la suite. La séparation stricte entre la publicité et la réponse, qu'OpenAI présente comme une garantie de confiance, a une contrepartie mesurable : acheter un emplacement ne vous fait pas entrer dans la réponse. La visibilité organique dans les IA et l'achat d'espace sont deux mécaniques disjointes, qui ne s'arbitrent pas l'une contre l'autre — un sujet que nous traitons dans notre guide complet du référencement dans les IA génératives et dans notre méthode de réduction du coût d'acquisition en approche hybride.
Vous préparez l'ouverture française de ChatGPT Ads et vous voulez que votre chaîne de mesure soit conforme avant la première impression, plutôt qu'après un contrôle ? Parlons-en directement — ou appelez le 06 18 85 20 10 pour un premier échange sans engagement.
Questions fréquentes
Les publicités ChatGPT en Europe sont-elles personnalisées ?
Non, pas au lancement. Dans l'Espace économique européen et en Suisse, les annonces personnalisées ne sont pas disponibles initialement. La sélection repose sur le sujet de la conversation en cours, la langue et une localisation approximative. Les historiques de conversations, les mémoires enregistrées et les interactions passées avec des annonces sont explicitement exclus. La personnalisation est annoncée pour un second temps et supposera de recueillir l'accord explicite des utilisateurs.
Désactiver la personnalisation des annonces supprime-t-il les publicités ?
Non. La documentation d'OpenAI est explicite sur ce point : désactiver la personnalisation rend les annonces moins ciblées mais ne les fait pas disparaître. Les seules manières de ne plus voir de publicité sont un abonnement payant sans publicité, ou l'option gratuite dégradée qui réduit le nombre de messages et l'accès à certains outils. Le réglage change quelles publicités s'affichent, pas si elles s'affichent.
Le pixel de mesure OpenAI est-il conforme au RGPD par défaut ?
Non, pas dans une configuration française. La documentation développeur indique que le pixel initialise le consentement à vrai par défaut, sauf si vous le positionnez explicitement à faux ou s'il trouve un refus enregistré. L'article 82 de la loi Informatique et Libertés exige au contraire un consentement préalable au dépôt de tout traceur non strictement nécessaire. L'appel de désactivation du consentement doit donc être placé avant l'initialisation du pixel, et le consentement activé seulement après acceptation.
OpenAI est-il sous-traitant de l'annonceur au sens du RGPD ?
Non, sauf exception. L'addendum de protection des données propre aux outils publicitaires d'OpenAI, entré en vigueur le 19 août 2026, prévoit que chaque partie agit en responsable de traitement indépendant, et précise que les parties ne sont ni responsables conjoints, ni sous-traitants l'une de l'autre. OpenAI redevient sous-traitant uniquement pour le rapprochement d'audiences. L'annonceur doit donc traiter cette transmission comme une communication à un destinataire tiers dans son registre, et non comme une sous-traitance.
Une PME française peut-elle acheter des publicités ChatGPT aujourd'hui ?
Non en libre-service. Au 26 août 2026, la page officielle de disponibilité du gestionnaire de campagnes classe la France et l'ensemble des marchés européens en « bientôt disponible ». Neuf pays seulement sont ouverts, dont les États-Unis et le Royaume-Uni. Par ailleurs, plusieurs secteurs très présents dans le tissu économique français sont interdits de publicité en dehors des États-Unis, notamment les services de santé et les services financiers, tandis que les services juridiques sont interdits sans exception géographique.